L’indice du dollar américain (DXY) connaît une année 2025 tumultueuse, affichant la plus forte baisse en plus de deux décennies et suscitant des interrogations sur l’avenir de la devise américaine. Malgré le fait que la plupart des investisseurs ne soient pas directement exposés à sa composition, l’évolution du DXY offre un aperçu précieux des forces qui façonnent le marché des changes.
Depuis le début de l’année, le DXY a chuté d’environ 12,5 %, passant d’environ 110 en janvier à un plus bas proche de 96,35 le 1er juillet. Un nouveau plus bas marginal a été atteint le 17 septembre, en parallèle d’anticipations de baisse des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine (Fed). Depuis, l’indice oscille autour de la barre des 100, mais un rebond durable semble improbable.
Les taux d’intérêt américains continuent de jouer un rôle déterminant. La corrélation sur 60 jours entre les variations du DXY et le rendement des bons du Trésor américain à deux ans s’établit actuellement à environ 0,55. Bien que significative, cette corrélation n’a pas dépassé 0,60 depuis début 2023 et a connu des périodes de divergence notables. Fin mars, elle est même tombée en dessous de 0,10, son plus bas niveau depuis mi-2022, suggérant que le dollar ne réagit pas toujours en temps réel aux décisions de la Fed.
Une tendance similaire se dessine avec les taux d’intérêt à long terme. La corrélation sur 60 jours entre le DXY et le rendement des bons du Trésor à 10 ans se situe également autour de 0,55. Un pic a été enregistré juste avant la réunion du Comité fédéral de politique monétaire (FOMC) de septembre, mais en mai, la corrélation s’est brièvement inversée, une première depuis mars-mai 2022. Il convient de rappeler que durant 2020 et le premier trimestre 2021, en pleine crise pandémique, cette relation était inverse.
L’or offre un autre indicateur intéressant. La corrélation mobile sur 60 jours entre l’or et le DXY est d’environ -0,45, une relation inverse qui se maintient depuis mai 2022, à l’exception d’une brève période en février. Cependant, cette corrélation est devenue plus volatile cette année, oscillant de -0,72 à des valeurs proches de zéro. Elle se situe actuellement légèrement en dessous de -0,44, ce qui indique que l’or et le dollar évoluent toujours en sens inverse, mais à un rythme moins marqué.
Une analyse des modèles de valorisation révèle que le DXY pourrait être surévalué d’environ 43 % si l’on applique les pondérations de ses composants au modèle de parité de pouvoir d’achat (PPA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Une approche plus prudente consisterait à examiner les moyennes à long terme : la moyenne mobile sur 10 ans se situe autour de 98,50, tandis que la moyenne sur 20 ans est plus proche de 90,35. Ces chiffres placent les niveaux actuels dans une zone historiquement élevée.
En reculant, la situation actuelle pourrait signaler la fin d’un super-cycle du dollar. L’indice a atteint un plus bas record de 70,70 lors de la crise financière de 2008, puis un sommet juste en dessous de 114,80 en septembre 2022. Depuis, il a retracé jusqu’au niveau de Fibonacci de 38,2 %, autour de 98,00. Le retracement de 50 % se situe à 92,75 et celui de 61,8 % près de 87,50.
Selon certaines analyses, le retracement de 50 % pourrait être trop proche, compte tenu de l’ampleur de l’assouplissement monétaire attendu de la Fed au cours des 14 prochains mois. Un objectif plus réaliste serait le retracement de 61,8 %, soit environ 11,5 % en dessous des niveaux actuels. Le DXY n’est pas passé en dessous de 88,00 depuis une décennie, ayant maintenu un support au-dessus de 88,25 en février 2018 et près de 89,20 début 2021.
En conclusion, le dollar pourrait entrer dans une nouvelle phase. Le récent rebond pourrait être terminé et la tendance baissière pourrait reprendre. Avec un changement de politique monétaire, des corrélations fluctuantes et des indicateurs de valorisation qui alertent, l’indice du dollar mérite une attention particulière, non pas pour sa composition intrinsèque, mais pour les signaux qu’il envoie sur les tendances économiques générales.