Home MondeLes troubles en Iran s’intensifient sur fond de crise économique et de menace d’intervention de Trump

Les troubles en Iran s’intensifient sur fond de crise économique et de menace d’intervention de Trump

by Clara Dubois

Téhéran est le théâtre de manifestations antigouvernementales d’une ampleur inédite depuis plus d’une semaine, alors que les autorités iraniennes tentent de calmer la colère populaire face à une crise économique persistante. La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle intervient sur fond de tensions régionales et de menaces d’intervention extérieure.

Au moins 29 personnes ont été tuées et plus de 1 200 arrêtées depuis le début des troubles, survenus initialement le 28 décembre dans le bazar de Téhéran, selon l’Agence de presse des militants des droits de l’homme, une organisation basée aux États-Unis qui s’appuie sur un réseau d’activistes sur place. Les protestations se sont propagées à plus de 250 villes et localités dans 27 des 31 provinces iraniennes.

Les manifestants expriment leur frustration face à la détérioration de la situation économique, mais leurs revendications se sont élargies à une contestation plus fondamentale du régime. Des slogans tels que « Mort au dictateur », en référence au guide suprême Ali Khamenei, ont été entendus lors des rassemblements.

Le guide suprême a appelé samedi à une répression ferme des « émeutiers », un discours interprété comme un feu vert pour les forces de sécurité. Cependant, le président Masoud Pezeshkian a adopté un ton plus conciliant, promettant des réformes économiques et un dialogue avec la population. Parmi les mesures annoncées figure l’attribution d’une allocation mensuelle de 10 millions de rials (environ 7 dollars américains) par personne, sous forme de crédit électronique utilisable dans certains commerces. Les autorités envisagent également de réformer le système de subventions, en privilégiant un soutien direct aux consommateurs plutôt qu’aux importateurs, souvent accusés de corruption.

La situation a suscité des inquiétudes internationales, notamment aux États-Unis. Le président Donald Trump a averti vendredi qu’il défendrait les manifestants en cas d’attaque et a menacé d’une intervention militaire si les autorités iraniennes utilisaient la force contre des manifestations pacifiques. Il a réitéré cette position dimanche, affirmant que l’Iran subirait des conséquences « très sévères » si davantage de manifestants étaient tués.

Selon des analystes du cabinet de recherche BMI, une unité de Fitch Solutions, les dirigeants iraniens pourraient désormais être plus prudents quant au recours à la force, compte tenu des précédents de l’administration Trump, qui avait déjà ordonné des frappes contre des installations nucléaires iraniennes en juin dernier pour soutenir des opérations israéliennes. Ils estiment que le risque d’une action américaine contre l’Iran est accru début 2026 si les manifestations s’intensifient.

Un responsable iranien, sous couvert d’anonymat, a confié à Reuters craindre que l’Iran ne devienne « la prochaine victime de la politique étrangère agressive de Trump ». L’économie iranienne est fragilisée depuis le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire en 2018, et les sanctions imposées après une guerre de 12 jours avec Israël ont aggravé la situation. Le rial a atteint un niveau record de 1,45 million de rials pour un dollar américain fin 2025, et l’inflation a atteint 42,5 %.

David Roche, investisseur et stratège chez Quantum Strategy, estime que la crise économique représente un danger plus important pour le régime que la menace d’une intervention américaine. « L’Iran ne tombera pas à cause d’une intervention américaine », a-t-il déclaré à CNBC, soulignant les contraintes géographiques et politiques. Il considère que des protestations prolongées, combinées à une détérioration des conditions économiques, constituent un risque plus sérieux.

Une banderole anti-israélienne représentant un combattant palestinien et portant le slogan « Voix sans fin de la résistance » en persan et en hébreu a été érigée sur la place de la Palestine à Téhéran le 31 décembre 2025, témoignant de la complexité des enjeux régionaux.

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