Publié le 13 novembre 2023. Des chercheurs ont identifié pour la première fois des gènes spécifiques liés au trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), ouvrant la voie à une meilleure compréhension et à des traitements plus ciblés de cette affection neurologique.
- Une étude internationale a mis en évidence trois gènes dont les mutations augmentent significativement le risque de développer un TDAH.
- Ces découvertes suggèrent que le TDAH n’est pas uniquement un trouble comportemental, mais qu’il a une base biologique claire.
- Les mutations identifiées sont également associées à une légère diminution du quotient intellectuel (QI) et à des difficultés scolaires.
Cette avancée majeure, publiée dans la revue Nature le 12 novembre, pourrait révolutionner la prise en charge du TDAH, un trouble qui touche des millions de personnes à travers le monde. Jusqu’à présent, le TDAH était considéré comme un trouble multifactoriel, influencé par des facteurs génétiques et environnementaux, mais les gènes impliqués restaient largement inconnus.
L’étude, menée par des scientifiques de l’hôpital universitaire de Würzburg (Allemagne), de l’université d’Aarhus (Danemark) et du Broad Institute du MIT (États-Unis), a analysé le génome de près de 9 000 patients atteints de TDAH et comparé leurs données à celles de plus de 53 000 personnes en bonne santé. Les chercheurs se sont concentrés sur les variantes génétiques rares mais potentiellement puissantes, et ont identifié trois gènes particulièrement impliqués : CARTE1A (responsable de la structure cellulaire des cellules nerveuses), ANO8 (qui contrôle la communication entre les neurones) et ANK2 (qui régule les structures neuronales).
« Les résultats montrent pour la première fois des gènes clairement identifiés dans lesquels des variantes rares provoquent une forte susceptibilité au TDAH »,
Anders Børglum, professeur à l’université d’Aarhus
Contrairement aux études antérieures qui ne montraient que des corrélations statistiques, cette recherche fournit des cibles moléculaires concrètes pour le développement de nouveaux traitements. Les chercheurs ont également découvert que les porteurs de ces mutations présentent en moyenne une diminution de 2,25 points de QI et rencontrent davantage de difficultés à l’école.
De plus, l’étude révèle un chevauchement significatif entre le profil génétique du TDAH et celui des troubles du spectre autistique, ce qui pourrait expliquer la fréquence élevée de diagnostics combinés. Selon l’auteur principal de l’étude, la professeure Ditte Demontis, ces résultats soutiennent l’idée que les troubles du développement cérébral sont au cœur du TDAH.
Les chercheurs ont également étudié l’impact de ces mutations sur l’activité cérébrale. Ils ont constaté que les gènes identifiés sont particulièrement actifs dans les neurones dopaminergiques (impliqués dans la motivation et la récompense) et les neurones GABAergiques (qui agissent comme un « frein » sur l’activité cérébrale). Un dysfonctionnement de ces neurones pourrait expliquer les troubles de l’attention, l’impulsivité et l’hyperactivité caractéristiques du TDAH. Ces mécanismes confirment également l’efficacité de médicaments comme le méthylphénidate, qui agissent en compensant les altérations de la signalisation dopaminergique.
À court terme, cette découverte n’entraînera pas de changements immédiats dans les pratiques de prescription, car les variantes génétiques rares ne concernent qu’une petite proportion de cas de TDAH. Cependant, à moyen terme, l’identification de ces gènes ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Des tests génétiques pourraient à l’avenir permettre de prédire quels médicaments seront les plus efficaces pour chaque patient. Des études de suivi sont déjà en cours pour évaluer la réponse aux traitements des porteurs de ces mutations.
L’objectif ultime est de parvenir à une psychiatrie de précision, où les traitements sont adaptés aux caractéristiques génétiques de chaque individu. Pour les instituts de recherche allemands, comme l’hôpital universitaire de Würzburg, cette étude confirme l’importance de leurs travaux à l’interface de la biologie moléculaire et de la psychiatrie. Elle pourrait également relancer le débat sur le dépistage génétique des enfants présentant des retards de développement importants.
Il est important de souligner que le TDAH n’est pas une simple mode ou un problème d’éducation, mais une réalité neurobiologique complexe dont le décryptage vient d’atteindre un nouveau niveau.
Si vous souffrez de problèmes d’attention, des exercices ciblés peuvent vous aider. Vous pouvez télécharger un rapport gratuit proposant des stratégies pour renforcer la concentration et la mémoire : « L’entraînement cérébral rendu facile ».
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