Publié le 8 octobre 2025 à 15h31. Le marché des condominiums à Toronto connaît une saturation, avec une offre abondante qui pousse les vendeurs à adopter des stratégies de plus en plus discrètes, tandis que les acheteurs potentiels restent prudents face à l’incertitude économique.
- Une offre pléthorique de condominiums au bord du lac Ontario exerce une pression à la baisse sur les prix.
- Les baby-boomers et les jeunes professionnels de Bay Street constituent les principaux segments d’acheteurs.
- Les vendeurs recourent de plus en plus à des stratégies discrètes pour éviter de voir leurs propriétés dévalorisées.
Toronto – Le marché immobilier de Toronto, et plus particulièrement celui des condominiums avec vue sur le lac Ontario, est actuellement marqué par une forte augmentation de l’offre. Cette situation conduit les vendeurs à inscrire leurs biens en grand nombre, créant une sorte d’effet de panique, selon Luke Dalinda, agent immobilier chez Royal LePage Real Estate Services.
« Il y a clairement une mentalité de troupeau », explique M. Dalinda. « Les propriétaires sont incités à mettre leur propriété en vente dès qu’ils voient celle d’un voisin apparaître sur le marché. » Cette dynamique, selon lui, est préjudiciable aux vendeurs.
Les acheteurs les plus actifs sont actuellement les baby-boomers qui souhaitent réduire la taille de leur logement et les jeunes professionnels travaillant dans le secteur financier de Bay Street, qui disposent de solides moyens financiers. « Ils sont financièrement très à l’aise », précise l’agent immobilier.
Le marché a vu disparaître les investisseurs et de nombreux primo-accédants restent en attente, freinés par l’incertitude économique. Les vendeurs, conscients de la situation, sont parfois contraints d’adopter des stratégies discrètes pour ne pas dévaluer leur bien.
À Humber Bay Shores, où M. Dalinda concentre une grande partie de son activité, 53 ventes de condominiums ont été enregistrées en septembre, alors que 302 unités étaient encore disponibles à la fin du mois. Certains observateurs du marché suivent de près l’évolution des prix dans le secteur autour de Lake Shore Boulevard West et Park Lawn Road.
« Quand un vendeur subit une perte importante, l’information se répand rapidement sur les réseaux sociaux », souligne M. Dalinda. Cela peut donner l’impression que toutes les propriétés se vendent à des prix dérisoires, ce qui est inexact.
En septembre, le prix au pied carré le plus bas enregistré dans la région était de 550 $ (environ 400 €), tandis que le prix le plus élevé atteignait 1 027 $ (environ 750 €). Le prix idéal pour les propriétés de luxe se situe autour de 800 $ (environ 580 €) le pied carré.
Un condominium spacieux de 3 250 pieds carrés (environ 299 mètres carrés) dans un immeuble des années 1970 a été vendu 1,788 million de dollars (environ 1,65 million d’euros) en septembre. De nombreux acheteurs hésitent cependant à entreprendre les rénovations importantes nécessaires.
« Peu de gens sont prêts à assumer ces travaux eux-mêmes », explique M. Dalinda. À l’inverse, une unité de 1 095 pieds carrés (environ 102 mètres carrés) avec de hauts plafonds et une cuisine moderne a été vendue 1,125 million de dollars (environ 1,03 million d’euros), grâce à une grande terrasse offrant une vue imprenable sur le lac Ontario et la ville.
« C’est une vue absolument magnifique », décrit l’agent immobilier. L’emplacement de l’immeuble, à proximité de cafés et de restaurants, est également un atout.
Face à l’abondance de l’offre, certains vendeurs demandent à leurs agents immobiliers de discrètement sonder leur réseau pour évaluer l’intérêt du marché avant de lancer une vente plus large. « Ils me disent : ‘passons en mode furtif’ », révèle M. Dalinda.
Cette approche permet d’éviter que la propriété ne stagne trop longtemps sur le marché. Si la demande et les prix augmentent, les vendeurs peuvent ensuite recourir à un service d’annonces multiples de l’Association canadienne de l’immeuble.
M. Dalinda estime que la prudence des acheteurs est liée à l’incertitude économique. « Quand on est submergé d’informations, on est déstabilisé et on ne sait pas quoi faire. On finit par ne rien faire », explique-t-il.
La baisse des taux d’intérêt de la Banque du Canada le mois dernier a encouragé certains acheteurs, mais ils espèrent de nouvelles réductions. Les ventes de maisons dans la région du Grand Toronto ont augmenté de 8,5 % en septembre par rapport à l’année précédente, selon le Toronto Regional Real Estate Board.
Le prix moyen dans la région du Grand Toronto s’élevait à 1 059 377 $ (environ 975 000 €) le mois dernier, en baisse de 4,7 % par rapport à septembre 2024. Daren King, économiste principal à la Banque Nationale du Canada, souligne que les ventes ont légèrement augmenté de 2 % en septembre par rapport à août, après une baisse de 1,6 % le mois précédent.
Selon M. King, les ventes globales se sont redressées depuis le creux du mois de mars, à mesure que la confiance des consommateurs s’améliore. Les prix, mesurés par l’indice des prix des maisons du Multiple Listing Service, étaient inférieurs de 5,9 % en septembre par rapport à novembre.
En ce qui concerne les condominiums dans la région du Grand Toronto, M. King estime que les ventes ont bondi de 14,4 % en septembre par rapport à août, après une baisse de 11,3 % le mois précédent. Le nombre de propriétés actives sur le marché a augmenté de 14,8 % en septembre par rapport à l’année dernière, atteignant un niveau record pour le mois.
De potentielles nouvelles baisses de taux d’intérêt par la Banque du Canada pourraient soutenir le marché immobilier dans les mois à venir, mais M. King reste préoccupé par la détérioration du marché du travail à Toronto et les difficultés d’accessibilité à la propriété. La banque centrale a abaissé son taux d’intérêt de référence d’un quart de point à 2,5 % en septembre, sans pour autant donner d’indications sur les futures baisses.
Alexandra Brown, économiste chez Capital Economics, note que la Banque du Canada surveille attentivement toute surprise à la hausse en matière d’inflation. Elle estime que les risques ne se matérialiseront pas et que l’économie bénéficierait de nouvelles réductions de 75 points de base sans relancer l’inflation.
M. Dalinda observe également que les acheteurs accordent de plus en plus d’attention à la sécurité des propriétés. Jusqu’à cette année, la présence d’un concierge 24 heures sur 24 était un atout, mais ne faisait pas partie des préoccupations majeures des acheteurs. Aujourd’hui, « tout le monde a une histoire » d’effraction ou de vol, ce qui incite les acheteurs à être plus vigilants.
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