Le fabricant de batteries Leclanché traverse une crise financière aiguë à Yverdon-les-Bains, marquée par deux mois de salaires impayés pour ses 370 employés et des demandes d’insolvabilité pour ses filiales allemandes, tandis que sa survie à la Bourse suisse est menacée par le report de ses résultats 2025.
L’impasse des résultats 2025 et la menace de radiation à la Bourse suisse
Le fabricant de batteries établi à Yverdon-les-Bains n’avait toujours pas publié ses résultats 2025 à l’expiration de l’ultime délai fixé au 30 septembre à 23h59. Cette échéance faisait suite à plusieurs extensions successives accordées depuis le mois d’avril par SIX Exchange Regulation, le régulateur de la Bourse suisse.
En raison de ces retards, les résultats du premier semestre 2026 demeurent également voilés. L’entreprise a admis qu’elle n’était pas en mesure de démontrer sa capacité à poursuivre son exploitation au moins jusqu’en juin 2027, invoquant des contraintes sévères de trésorerie et de capacité de production malgré un carnet de commandes qu’elle qualifie de solide.
La cotation des actions est suspendue depuis le 1er juin. Selon le règlement de la Bourse suisse, le Comité des émetteurs pourrait prononcer la radiation du titre si le négoce reste suspendu pendant trois mois sans que les motifs de la suspension ne disparaissent. Un porte-parole du régulateur a indiqué que l’organe prendra sa décision en temps utile, et que l’action restera généralement négociable pendant une période estimée à trois mois en cas de radiation.
Salaires bloqués et insolvabilité des filiales en Allemagne
La crise financière pèse lourdement sur le personnel. Le 1er octobre marque officiellement le deuxième mois consécutif sans salaire pour les 370 collaborateurs du groupe, répartis entre la Suisse et l’Allemagne, notamment sur le site de Willstätt dans le Bade-Wurtemberg. Les salaires de juillet avaient déjà été versés avec un retard de quatre semaines.
Face à l’asphyxie financière, le groupe a demandé l’ouverture de procédures d’insolvabilité pour ses deux filiales allemandes, une démarche qui répond à une obligation légale dans ce pays. Sur le site d’Yverdon, l’activité tourne au ralenti et les fournisseurs ne sont plus rémunérés.
Les tensions historiques avec l’actionnaire majoritaire de Leclanché
Les difficultés de financement de l’entreprise s’inscrivent dans une trajectoire tourmentée. En février, la direction avait dû lever 16,7 millions de francs suisses pour apurer les arriérés de salaires. En avril, une conversion d’environ 10 millions de francs de dette en fonds propres avait été menée auprès de l’actionnaire majoritaire, portant les fonds propres en négatif à 16,9 millions selon les chiffres de fin avril.

Ces blocages récurrents reflètent des divisions profondes au sommet de l’entreprise. Un ancien administrateur ayant siégé durant près de vingt ans pointe la responsabilité de l’actionnaire principal, Golden Partner, un gérant de fortune basé à Genève et financé par des industriels chinois qui détient plus de 95% des actions via des structures luxembourgeoises.
Nous avons trouvé plusieurs actionnaires et investisseurs potentiels qui étaient intéressés, comme des industriels, des financiers suisses et internationaux.
Stefan Müller, ancien membre du conseil d’administration de Leclanché, via RTS
L’ancien administrateur mentionne pas mal de friction entre le conseil d’administration, la direction et l’actionnaire principal
pour expliquer l’échec des levées de fonds successives. Sollicité par les médias, Golden Partner n’a pas réagi à ces déclarations.
Les discussions en cours et l’incertitude sur la suite
Malgré la dégradation de sa situation opérationnelle, la société affirme poursuivre activement ses efforts pour satisfaire aux exigences réglementaires et combler ses besoins de trésorerie à court terme. Des pourparlers sont conduits avec des clients disposés à accorder un soutien supplémentaire, ainsi qu’avec des partenaires stratégiques et des investisseurs potentiels.
Aucune date n’a toutefois été confirmée pour le versement des salaires d’août et de septembre. Le porte-parole de Leclanché a indiqué ne pas avoir davantage d’information pour le moment quant à la publication de son rapport annuel ou l’issue des négociations financières.