Publié le 30 octobre 2025 19:05:00. De nouvelles pistes thérapeutiques se dessinent dans la lutte contre les infections bactériennes résistantes aux antibiotiques, avec l’utilisation de virus ciblant les bactéries, des molécules leurres pour contrer des virus dangereux et une meilleure compréhension de la formation de biofilms.
- Des bactériophages, des virus qui infectent et détruisent les bactéries, montrent des résultats prometteurs dans le traitement des infections sanguines à Staphylococcus aureus résistant aux antibiotiques.
- Des chercheurs ont identifié la voie d’entrée de virus mortels comme ceux de la fièvre jaune et de l’encéphalite à tiques, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies de prévention et de traitement.
- Une nouvelle étude révèle comment la bactérie Pseudomonas aeruginosa colonise des communautés résistantes aux antibiotiques, ce qui pourrait permettre de développer de nouveaux traitements.
La menace croissante des infections résistantes aux antibiotiques représente un défi majeur pour la santé publique mondiale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) alerte régulièrement sur la nécessité de développer de nouvelles approches thérapeutiques pour contrer ce phénomène. Plusieurs études récentes, présentées lors de la conférence IDWeek 2025 à Atlanta, apportent des éléments d’espoir.
Concernant les infections à Staphylococcus aureus, une équipe du centre médical Harbor-UCLA a mené une étude à mi-parcours sur l’utilisation de bactériophages. Quarante-deux patients atteints d’une bactériémie à S. aureus, une infection particulièrement grave et difficile à traiter, ont participé à l’essai. Deux tiers d’entre eux ont reçu par voie intraveineuse un “cocktail” de bactériophages développé par Armata Pharmaceuticals ARMP, tandis que le reste a reçu un placebo. Tous les participants ont également bénéficié des meilleurs antibiotiques disponibles.
Les résultats préliminaires sont encourageants : au 12e jour, le taux de réponse était de 88 % dans le groupe traité par bactériophages et d’antibiotiques, contre 58 % dans le groupe placebo. Les patients ayant reçu le traitement viral ont également présenté des taux de non-réponse et de rechute plus faibles, une résolution plus rapide des signes et symptômes, et un séjour plus court en unité de soins intensifs et à l’hôpital.
« Ces résultats constituent une bonne base pour une étude de phase 3 et signalent un changement de paradigme potentiel dans le traitement des infections résistantes aux antibiotiques. »
Dr. Loren Miller, responsable de l’étude, centre médical Harbor-UCLA
Parallèlement, des chercheurs de WashU Medicine à St. Louis ont mis en lumière le mécanisme d’entrée de certains virus dangereux dans les cellules humaines. Ils ont découvert que les virus de la fièvre jaune et de l’encéphalite à tiques utilisent une famille de protéines appelées récepteurs des lipoprotéines de basse densité (LDLR) comme principale voie d’entrée. En utilisant des techniques génétiques, notamment la technologie d’édition génétique CRISPR, ils ont pu identifier les récepteurs spécifiques utilisés par chaque virus : LRP1, LRP4 et VLDLR pour le virus de la fièvre jaune, et LRP8 pour les virus de l’encéphalite à tiques.
Forts de cette découverte, les chercheurs ont développé des molécules “leurres” capables de se lier à ces récepteurs et de bloquer l’entrée des virus dans les cellules. Ces molécules ont démontré leur efficacité in vitro et chez la souris, protégeant contre une dose mortelle du virus de la fièvre jaune et prévenant les lésions hépatiques associées.
« Il n’existe aucun traitement pour ces infections virales, il y a donc un besoin urgent de nouvelles stratégies pour prévenir et traiter ces infections, qui continuent de causer des maladies graves et la mort dans beaucoup trop de cas. »
Dr. Michael Diamond, auteur principal des études, WashU Medicine à St. Louis
Enfin, une troisième étude, publiée dans Nature Microbiology lien vers la revue, a révélé comment la bactérie Pseudomonas aeruginosa forme des biofilms résistants aux antibiotiques. Les chercheurs de l’UCLA ont découvert que chaque bactérie recherche et se lie à des sucres spécifiques laissés par d’autres bactéries de son espèce, en utilisant des pili, des appendices ressemblant à des poils, comme capteurs. Ces interactions déclenchent des signaux chimiques qui contrôlent la formation de biofilms.
Cette nouvelle compréhension du comportement de Pseudomonas aeruginosa pourrait ouvrir la voie à de nouvelles stratégies pour rendre ces bactéries plus sensibles aux antibiotiques et faciliter leur éradication. Les chercheurs envisagent de manipuler ces mécanismes sensoriels pour perturber la formation de biofilms et améliorer l’efficacité des traitements.
« Nous voyons pour la première fois comment les informations sensorielles sont codées chez les bactéries par leurs appendices. »
Gerard Wong, auteur principal de l’étude, UCLA
