Home Technologie et scienceL’État doit expier les réglementations des années 1980 et sauver les petites exploitations

L’État doit expier les réglementations des années 1980 et sauver les petites exploitations

by Thomas Caron

Publié le 2023-11-02 14:30:00. La filière porcine et agricole irlandaise est confrontée à une crise silencieuse : la disparition progressive des abattoirs locaux, menaçant la survie des petits producteurs et l’avenir d’une agriculture durable et de qualité.

  • La disparition des petits abattoirs contraint les éleveurs à parcourir des distances considérables pour faire abattre leur bétail, augmentant les coûts et l’empreinte carbone.
  • Peter Twomey, éleveur de porcs en liberté, a vu ses ventes exploser grâce à la reconnaissance de ses produits, mais se retrouve désormais à la recherche d’un abattoir à plus de 370 km de chez lui.
  • Des initiatives comme les abattoirs mobiles pourraient offrir une solution, mais leur mise en place est freinée par les réglementations et le manque de soutien.

L’histoire de Peter Twomey, éleveur de porcs en liberté à Glenbrook Farm, à une quinzaine de kilomètres du centre-ville de Cork, illustre parfaitement ce paradoxe. Après avoir bénéficié d’une forte reconnaissance pour la qualité de sa viande, notamment grâce à un article élogieux, il a vu ses ventes grimper en flèche, tant en ligne que sur son marché de ferme du samedi matin. Le festival gastronomique Cork on a Fork a également contribué à sa notoriété, avec des événements mettant en avant ses produits.

Son porc, véritable symbole d’une production locale, durable et haut de gamme, incarnait l’esprit même du festival. Pourtant, ce succès est aujourd’hui menacé. Peter Twomey se heurte à un problème majeur : l’absence d’abattoir local disponible pour l’abattage de son bétail. Un phénomène alarmant qui touche l’ensemble de la filière.

Il y a quarante ans, l’Irlande comptait plus de 850 abattoirs. Aujourd’hui, il en reste moins de 100. Peter Twomey doit désormais effectuer un aller-retour de 374 km (232 miles) jusqu’à Portlaoise chaque semaine pour faire abattre ses porcs. Sans l’aide précieuse d’un ami boucher qui organise la collecte, ce trajet serait encore plus lourd.

Le cas de Peter Twomey n’est pas isolé. La ferme Lúnasa, dans le comté de Clare, un modèle d’agriculture régénérative, est confrontée aux mêmes difficultés. Bien qu’elle dispose de sa propre boucherie à Clarecastle, il n’existe plus aucun abattoir dans tout le comté de Clare pour abattre ses porcs. Lúnasa doit effectuer deux allers-retours de 200 km (124 miles) jusqu’à Offaly, une fois pour livrer les animaux et une autre pour récupérer les carcasses.

« Le besoin d’un abattoir local est essentiel à notre activité »,

Cass McCarthy, Lúnasa Farm

La situation est encore plus critique pour Ger Rynne, de Inagh Free Range Pork, également dans le comté de Clare, qui a été contraint de fermer définitivement son exploitation, incapable d’assumer les huit heures de route pour deux allers-retours de 300 km (186 miles) nécessaires à l’abattage de ses porcs.

La disparition de ces petits producteurs a un impact direct sur le dynamisme économique et touristique des régions. Ces dernières années, les producteurs de spécialités culinaires du Burren se sont unis pour créer une offre touristique gastronomique florissante, attirant des visiteurs et valorisant les produits locaux. Le porc de Ger Rynne en était un pilier.

Le problème ne se limite pas aux porcs. Les petits producteurs de volailles, de bœuf et d’agneau sont également touchés. Ces éleveurs souhaitent se démarquer en vendant des produits de qualité supérieure directement à la ferme, plutôt que de se contenter des prix plus bas proposés par l’industrie de la transformation de la viande.

Ce déclin des petits abattoirs remonte aux années 1980, lorsque Larry Goodman et d’autres acteurs ont développé la transformation de la viande à l’échelle industrielle. Le ministère de l’Agriculture a alors modifié la réglementation pour l’adapter à ces nouvelles structures, sans tenir compte des spécificités des petits abattoirs.

Un ancien vétérinaire du comté, aujourd’hui à la retraite, regrette amèrement que lui et ses collègues aient été encouragés à appliquer rigoureusement la réglementation aux petits abattoirs, les poussant ainsi dans les bras des transformateurs industriels. Cette situation a entraîné une érosion quasi complète du secteur.

Le ministère de l’Agriculture semble avoir oublié que l’agriculture irlandaise est un écosystème complexe, qui doit intégrer les petites et les grandes exploitations. Peter Twomey et Cass McCarthy constatent un intérêt croissant pour l’élevage à petite échelle, mais les aspirants éleveurs sont découragés par les difficultés d’abattage.

Une solution immédiate serait le développement des abattoirs mobiles, qui connaissent un grand succès aux États-Unis. Ces unités mobiles se déplacent directement sur les exploitations pour effectuer l’abattage. Bien que le ministère autorise désormais leur exploitation, aucune demande d’autorisation n’a encore été déposée.

Il est temps que le ministère reconnaisse ses erreurs passées et investisse dans la mise en place de quatre ou cinq abattoirs mobiles, en lançant un appel d’offres pour leur exploitation. L’agriculture industrielle a eu des conséquences désastreuses sur l’environnement et sur les moyens de subsistance des petits agriculteurs. Il est temps pour l’État de prendre ses responsabilités.

En marge de ces préoccupations, le chef étoilé Mickael Viljanen sera l’invité du Park Hotel Kenmare le 16 novembre pour une collaboration avec le chef James O’Sullivan. Une soirée gastronomique exceptionnelle dans l’un des plus beaux restaurants du pays, qui abrite la superbe collection Sean Scully de l’hôtel. La soirée débutera par une réception au champagne et des canapés, suivie d’un menu en cinq plats signé Viljanen, avec une option d’accord mets et vins.

Le château de Blackrock accueillera également un événement original le 9 novembre : une soirée combinant art, astronomie et cocktails. L’astrophysicien et mixologue Alfredo Carpineti, alias The Astroholic, proposera une exploration de la matière noire, des ondes radio et gravitationnelles, accompagnée de cocktails inspirés de l’univers, comme le Sagittarius B2. L’artiste Helen O’Keefe invitera le public à participer à une création artistique en direct. Plus d’informations sur spacefest.net.

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