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L’événement de cyclisme ne peut pas remplacer les abus du Rwanda

by Camille Renault

Championnats du monde de cyclisme au Rwanda : une vitrine pour des abus ?

Les routes de Kigali accueilleront les Championnats du monde de cyclisme de l’Union cycliste internationale (UCI) en 2025, un événement présenté par le Rwanda comme le reflet de sa « transformation remarquable » et de son « hospitalité chaleureuse ». Cependant, cette célébration sportive ne saurait occulter le bilan préoccupant du pays en matière de droits de l’homme.

Le Rwanda a massivement investi dans le sponsoring et l’organisation d’événements sportifs internationaux dans le cadre de sa stratégie de développement. Le pays a déjà accueilli des événements majeurs, tels que le Congrès de la FIFA et la Basketball Africa League, et a conclu des partenariats avec des clubs de football européens renommés comme Arsenal et le Bayern Munich. La marque « Visite Rwanda » est de plus en plus visible sur les équipements des athlètes, témoignant de la volonté du pays de se positionner comme une destination touristique, sportive et d’investissement attrayante.

Mais au-delà de la promotion d’une image positive, le Rwanda doit répondre aux critiques légitimes. Human Rights Watch a documenté la répression systématique des voix dissidentes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des frontières nationales. Les critiques sont victimes de diverses formes d’intimidation, allant des menaces aux meurtres et aux disparitions forcées. Des années de harcèlement ont étouffé l’espace public, limitant la liberté des médias indépendants, des partis d’opposition et de la société civile.

Victoire Ingabire, l’une des dernières figures de l’opposition francophone rwandaise, a été arrêtée en juin et est confrontée à de graves accusations criminelles, aux côtés de 14 membres de son parti, dans un procès perçu comme politiquement motivé. Depuis 2017, cinq membres du parti d’Ingabire sont morts ou ont disparu dans des circonstances suspectes.

À quelques centaines de kilomètres des parcours cyclistes, le groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, s’est rendu coupable de crimes de guerre dans l’est de la République démocratique du Congo. En juillet, des exécutions sommaires de plus de 140 civils ont été recensées, constituant certains des abus les plus graves depuis la reprise des activités du groupe en 2021.

L’organisation de cet événement cycliste risque de masquer ces violations. Human Rights Watch a déjà documenté des pratiques consistant à arrêter et détenir arbitrairement des travailleuses du sexe, des enfants des rues et d’autres personnes considérées comme « indésirables » avant des événements internationaux de grande envergure. Le Rwanda pourrait également utiliser cet événement pour pratiquer le « sportswashing », c’est-à-dire utiliser le sport et les partenariats sportifs pour occulter ses violations des droits de l’homme. Les fédérations sportives ont l’obligation de mener une diligence raisonnable en matière de droits de l’homme avant d’attribuer des événements majeurs, afin de s’assurer qu’ils ne contribuent pas à ces violations ou ne les dissimulent pas.

Le Rwanda doit cesser de cibler les critiques et mettre fin à ses opérations abusives à l’étranger. L’UCI, de son côté, ne devrait pas offrir au Rwanda une couverture facile pour son mauvais bilan en matière de droits de l’homme.

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