Bangkok, le 15 janvier 2026 – L’économie chinoise affiche une puissance commerciale sans précédent, avec un excédent de plus de 1 200 milliards de dollars (environ 1 097 milliards d’euros) pour l’année 2025. Cette performance, portée par un flot continu d’exportations, pose de sérieux défis à la Thaïlande, son principal partenaire commercial au sein de l’ASEAN.
Les données douanières chinoises révèlent une augmentation de 5,5 % des exportations, atteignant 3 770 milliards de dollars (environ 3 446 milliards d’euros) en 2025, tandis que les importations sont restées stables à 2 580 milliards de dollars (environ 2 353 milliards d’euros). Ce déséquilibre commercial, exacerbé par la diminution des exportations vers les États-Unis – en baisse de près de 30 % en quelques mois en raison des droits de douane – se traduit par une réorientation vers l’Asie du Sud-Est, et notamment vers la Thaïlande.
Les importations thaïlandaises en provenance de Chine ont considérablement augmenté au cours des 11 premiers mois de 2025, entraînant un déficit commercial record de 60,64 milliards de dollars (environ 55,3 milliards d’euros), soit 2 020 milliards de bahts. Ce chiffre dépasse largement le déficit de 45,36 milliards de dollars (environ 41,4 milliards d’euros) enregistré pour l’ensemble de l’année 2024 et devrait devenir le plus important jamais constaté, principalement en raison de l’afflux de machines, d’équipements électriques et de biens de consommation.
Voici un aperçu des échanges commerciaux entre la Thaïlande et la Chine (janvier-novembre 2025) :
- Exportations thaïlandaises vers la Chine : 29,36 milliards de dollars (environ 26,8 milliards d’euros), en hausse de 14,2 %
- Importations thaïlandaises en provenance de Chine : 90 milliards de dollars (environ 82,1 milliards d’euros), en hausse de 12,8 %
- Déficit commercial : 60,64 milliards de dollars (environ 55,3 milliards d’euros) – le plus important depuis le début des enregistrements
Malgré une augmentation des exportations thaïlandaises de produits agricoles, de fruits et de caoutchouc vers la Chine, l’écart commercial ne cesse de se creuser, comme le soulignent les données du ministère thaïlandais du Commerce.
Ce flot d’exportations chinoises intensifie la concurrence dans des secteurs clés de l’économie thaïlandaise, notamment l’électronique et l’automobile. Les producteurs locaux peinent à rivaliser avec les alternatives chinoises, souvent moins chères et technologiquement avancées. Le Conseil national de développement économique et social (NESDC) met en garde contre un possible réacheminement de marchandises chinoises via la Thaïlande pour contourner les droits de douane américains, ce qui pourrait augmenter les importations de 2,4 milliards de dollars (environ 2,2 milliards d’euros) au cours des trois prochaines années.
Le déficit commercial global de la Thaïlande a atteint son plus haut niveau depuis 2023, s’élevant à 3,4 milliards de dollars (environ 3,1 milliards d’euros) en octobre seulement, en raison d’une augmentation de 16,3 % des importations. Les petites et moyennes entreprises (PME) des secteurs des biens ménagers et des machines sont particulièrement vulnérables, avec des risques de pertes d’emploi et de baisse de rentabilité.
Au niveau régional, l’excédent commercial de la Chine avec l’ASEAN, qui s’élève à 278 milliards de dollars (environ 254 milliards d’euros), renforce l’influence de Pékin dans les négociations commerciales et les questions géopolitiques. La Thaïlande, en tant que pays clé dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, risque de se limiter à un rôle de hub de transit plutôt que de véritable acteur à valeur ajoutée.
Cependant, cette situation n’est pas sans opportunités. Une intégration accrue des chaînes d’approvisionnement, notamment grâce à la zone de libre-échange ASEAN-Chine améliorée, pourrait ouvrir des perspectives dans les domaines de l’intelligence artificielle, des technologies financières et des technologies vertes. Les exportations thaïlandaises vers la Chine ont d’ailleurs augmenté plus rapidement que les importations en pourcentage.
De plus, la position stratégique de la Thaïlande dans des accords tels que le Partenariat économique régional global (RCEP) lui permet d’attirer des investissements étrangers détournés de la Chine. Entre 2018 et 2023, les exportations thaïlandaises vers les États-Unis ont augmenté de 80 %, ce qui témoigne d’un potentiel de diversification.
Les experts recommandent à la Thaïlande de renforcer son industrie manufacturière grâce à des incitations, d’investir dans des secteurs à forte valeur ajoutée comme les véhicules électriques et de négocier des conditions commerciales plus équitables avec la Chine. Le NESDC souligne la nécessité d’une unité de l’ASEAN pour remédier à ces déséquilibres.
À l’horizon 2026, le gouvernement thaïlandais, dirigé par la Première ministre Paetongtarn Shinawatra, envisage de revoir les droits d’importation et de promouvoir des exigences de contenu local pour protéger les industries nationales. Ignorer les conséquences d’un excédent chinois équivalent au PIB d’une des 20 premières économies mondiales pourrait accroître les vulnérabilités du pays.
« Les inondations de produits chinois sont un signal d’alarme : la Thaïlande doit nager plus intelligemment, pas seulement plus vite », a déclaré un analyste.
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