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L’expansion du chatbot chinois DeepSeek en Afrique sonne l’alarme

by Clara Dubois

Publié le 24 octobre 2024 10h30. La Chine étend son influence technologique en Afrique en proposant son chatbot d’intelligence artificielle DeepSeek-R1 comme alternative à moindre coût aux solutions occidentales, suscitant des inquiétudes quant à la confidentialité des données et à la souveraineté numérique des pays africains.

  • DeepSeek-R1, développé par une entreprise chinoise, est commercialisé en Afrique via des partenariats avec Huawei et un fonds d’investissement.
  • Son coût d’utilisation est significativement inférieur à celui de ChatGPT, ce qui le rend attractif pour les entreprises africaines.
  • L’utilisation de DeepSeek implique le stockage des données des utilisateurs sur des serveurs accessibles au gouvernement chinois, soulevant des questions de surveillance et de protection de la vie privée.

L’arrivée de DeepSeek-R1 sur le marché africain s’inscrit dans une stratégie plus large de la Chine visant à renforcer sa présence technologique sur le continent. Huawei Technologies Co., déjà bien implantée en Afrique grâce à ses infrastructures de télécommunications, s’est associée au fonds spéculatif High-Flyer pour proposer la version open source de DeepSeekAI. Cette initiative vise à offrir une alternative moins onéreuse aux chatbots d’IA occidentaux, tels que ChatGPT, dont les coûts de traitement des requêtes et des réponses sont considérablement plus élevés – jusqu’à 94 % plus élevés, selon les estimations.

Cependant, cette offre alléchante s’accompagne de conditions qui préoccupent les défenseurs de la vie privée. L’utilisation de DeepSeek implique que l’historique des conversations, les requêtes des utilisateurs et leur localisation géographique sont stockés sur des serveurs potentiellement accessibles aux autorités chinoises. Cette situation alimente les craintes d’une surveillance accrue des citoyens africains, d’autant plus que Huawei a déjà été accusée d’avoir collaboré avec des gouvernements africains pour mettre en place des systèmes de surveillance de masse via son réseau “Safe Cities”.

James Ong’ang’a, fondateur et PDG de LoHo Learning, une entreprise kenyane spécialisée dans les technologies éducatives, témoigne de ces préoccupations.

« J’ai évité DeepSeek AI car elle stocke les données des utilisateurs de manière à les rendre accessibles au gouvernement chinois. Les modèles d’IA développés par des entreprises européennes et nord-américaines assurent une protection des données plus fiable. »

James Ong’ang’a, fondateur et PDG de LoHo Learning

Pour M. Ong’ang’a, l’utilisation de modèles open source occidentaux, déployés sur des appareils sécurisés, représente une approche plus responsable et durable pour l’Afrique, du moins à l’heure actuelle. DeepSeek et son concurrent, Qwen AI d’AliBaba, gagnent néanmoins du terrain dans certains pays, notamment au Kenya, où des startups technologiques les utilisent pour analyser des données économiques et évaluer les risques d’investissement.

L’adoption de l’IA en Afrique est toutefois freinée par un manque de ressources essentielles. À l’exception de l’Afrique du Sud, la plupart des pays africains manquent de la puissance de calcul, de programmeurs qualifiés et d’une infrastructure électrique fiable et abordable nécessaires au développement et à la maintenance de systèmes d’IA performants. L’Afrique du Sud se distingue avec 49 centres de données d’IA, suivie du Kenya (18 centres de données) et du Nigeria (16 centres de données). L’Angola, le Ghana, Maurice et la Tanzanie investissent également dans la construction de centres de données, tandis que l’Égypte et le Maroc dominent le secteur en Afrique du Nord.

Certains analystes établissent un parallèle entre la promotion de DeepSeek et d’autres technologies chinoises en Afrique et l’initiative “la Ceinture et la Route”. Si cette dernière a permis d’améliorer considérablement les infrastructures africaines, elle a également accru la dépendance financière de ces pays vis-à-vis de la Chine. Huawei a joué un rôle clé dans la mise en œuvre de cette initiative, en construisant les centres de données, les réseaux 5G et les réseaux à fibre optique qui soutiennent désormais l’expansion de l’IA chinoise.

Sidney Essendi, stratège en IA basé au Kenya, met en garde contre le risque de dépendance technologique.

« Les pays africains qui n’augmentent pas leurs propres investissements dans la technologie d’IA locale risquent de devenir dépendants de fournisseurs étrangers – des fournisseurs qui peuvent perturber les services pour leurs propres besoins nationaux, comme l’ont fait les sociétés chinoises d’IA dans le passé. »

Sidney Essendi, stratège en IA

Selon les experts, le développement de systèmes d’IA locaux permettrait également de mieux prendre en compte la diversité linguistique et culturelle de l’Afrique, et de renforcer la protection des données personnelles, financières et médicales des utilisateurs. M. Essendi souligne l’urgence d’agir :

« Le Kenya doit passer de la discussion à l’action. Sans investissements, le Kenya risque de devenir dépendant de l’IA au lieu d’être piloté par l’IA. Sans investissements appropriés, le Kenya risque de rester un consommateur d’IA plutôt qu’un créateur. »

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