Publié le 2025-12-22 15:11:00. Le Pérou aborde une période cruciale marquée par des défis économiques et sociaux majeurs, notamment l’essor de l’illégalité, l’instabilité politique et la nécessité de relancer l’investissement. L’Institut péruvien d’économie (IPE) tire la sonnette d’alarme et formule des recommandations pour assurer une croissance durable et réduire la pauvreté.
- L’or illégal pourrait égaler la production légale dès 2025, avec des conséquences graves pour l’environnement et le développement économique.
- L’investissement privé, moteur essentiel de la croissance, dépend d’une stabilité politique accrue et d’une gestion budgétaire responsable.
- L’amélioration de l’accès aux services de base (eau potable, éducation, santé) est une priorité pour réduire les inégalités et améliorer le bien-être de la population.
L’IPE met en évidence une situation préoccupante concernant l’exploitation minière illégale, qui progresse rapidement, souvent avec la complicité des autorités. L’institut estime que la valeur de l’or extrait illégalement atteindra un niveau comparable à celui de l’or d’origine légale en 2025. Cette activité dévastatrice occupe des zones naturelles protégées, comme Tambopata (Madre de Dios), entre en conflit avec l’exploitation minière formelle dans des régions comme Apurímac et La Libertad, et freine le développement de projets d’investissement d’une valeur totale de 12 milliards de dollars, notamment à Cajamarca et Apurímac. Elle s’installe également dans des zones où l’exploitation minière formelle n’a pas été autorisée, comme le site de Conga à Cajamarca.
Parallèlement, l’IPE souligne l’importance cruciale de l’investissement privé pour stimuler la croissance économique et créer des emplois. Les prévisions indiquent une augmentation de 9,6 % de l’investissement privé cette année, ce qui représenterait la plus forte hausse depuis 2013, hors rebond post-pandémique. Cependant, l’institut insiste sur le fait que ce potentiel n’est pas pleinement exploité, contrairement à la période allant de 2002 à 2013, où la croissance des investissements était corrélée à la hausse des prix des matières premières.
La stabilité politique et institutionnelle est un facteur déterminant pour attirer les investissements. Depuis 2016, le Pérou a connu une succession rapide de dirigeants : 8 présidents, 20 premiers ministres et 17 ministres de l’Économie. Cette instabilité nuit à la confiance des investisseurs et entrave le développement économique à long terme.
En matière de finances publiques, l’IPE constate une détérioration de la situation budgétaire en raison de l’augmentation des dépenses publiques. L’approbation de lois ayant un impact budgétaire négatif, notamment celles augmentant les salaires, a contribué à cette vulnérabilité. La part des dépenses de rémunération dans le budget public est passée de 26 % entre 2000 et 2018 à 33 % ces dernières années, et devrait atteindre 36 % en 2026. Une gestion budgétaire plus rigoureuse et une augmentation raisonnable des recettes fiscales sont donc nécessaires.
L’insécurité est une préoccupation croissante pour les Péruviens. Selon l’INEI, c’est la principale source d’inquiétude en 2025. Un sondage Ipsos révèle que 70 % de la population considère la criminalité et la violence comme un problème majeur, plaçant le Pérou parmi les pays les plus touchés d’Amérique latine. Cette situation engendre des coûts de sécurité plus élevés pour les ménages et les entreprises, décourage les investissements et menace le tourisme. Le renforcement de la police, du système judiciaire, la mise en œuvre de stratégies de prévention de la criminalité et l’utilisation des technologies et du renseignement sont essentiels pour lutter contre l’insécurité.
La création d’emplois décents, en particulier pour les jeunes, est une priorité. L’insertion professionnelle des jeunes s’est détériorée depuis 2022, et l’emploi des jeunes dans la région métropolitaine de Lima accumule 12 trimestres consécutifs de baisse, avec près de 300 000 jeunes de moins qu’en 2019. Cette situation a entraîné une augmentation du nombre de jeunes “NEET” (ni en études, ni en formation, ni en emploi), en particulier chez les femmes, qui sont souvent surchargées par les tâches ménagères non rémunérées. Pour inverser cette tendance, il est nécessaire de promouvoir l’investissement privé et de créer un marché du travail plus compétitif.
La pauvreté reste supérieure au niveau d’avant la pandémie (27,6 % contre 20,2 %). Pour la réduire durablement, il est impératif de consolider un environnement favorable à l’investissement privé, qui est essentiel pour générer des emplois formels et augmenter les revenus. Entre 2005 et 2014, la pauvreté a été la plus fortement réduite lorsque l’investissement privé a augmenté à deux chiffres. L’IPE estime qu’une croissance de 9,6 % de l’investissement privé en 2025 pourrait réduire la pauvreté d’environ deux points de pourcentage, soit plus de 600 000 personnes. Cependant, cet effort sera insuffisant sans un engagement plus fort des autorités.
Enfin, l’IPE souligne la nécessité d’améliorer la fourniture de services publics de base. Plus de trois millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et moins de 40 % des ménages y ont accès. Dans le domaine de l’éducation, plus de 50 % des établissements publics d’enseignement de base nécessitent un remplacement complet de leurs infrastructures. Dans le secteur de la santé, seuls 43 % des établissements de soins primaires fonctionnent au moins 12 heures par jour à l’échelle nationale. Ces lacunes limitent le bien-être de la population et la compétitivité du pays.
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