Publié le 17 novembre 2025 à 14h00. Le Chili se dirige vers un second tour présidentiel serré entre la candidate de gauche Jeanette Jara et l’ultraconservateur José Antonio Kast, après un premier tour où la droite a réalisé une performance plus forte que prévu, confirmant une tendance à la droite observée dans toute l’Amérique latine.
- Jeanette Jara, candidate de la coalition de gauche, arrive en tête du premier tour avec 26,9% des voix.
- José Antonio Kast, candidat ultraconservateur, se classe deuxième avec près de 24% des voix, réduisant l’écart avec les sondages.
- Les candidats de droite Johannes Kaiser et Evelyn Matthei ont rapidement annoncé leur soutien à Kast pour le second tour.
Le premier tour de l’élection présidentielle chilienne a confirmé les prévisions, mais avec une surprise : l’ultraconservateur José Antonio Kast a réalisé un score bien plus élevé que ne l’indiquaient les sondages. Jeanette Jara, candidate de gauche, arrive en tête avec 26,9% des voix, mais Kast la suit de près avec près de 24%, ouvrant la voie à un second tour tendu le 14 décembre.
Dès la publication des premiers résultats, les autres candidats de droite se sont alignés sur Kast. Evelyn Matthei, candidate de la droite traditionnelle, a félicité Kast et a appelé ses électeurs à le soutenir au second tour.
« Nous appelons tous ceux qui ont voté pour nous à soutenir le candidat Kast au deuxième tour car il est extrêmement important que ce gouvernement ne reste pas au pouvoir. »
Evelyn Matthei, ancienne candidate
Johannes Kaiser, souvent comparé à Javier Milei en Argentine, a également apporté son soutien, invoquant la nécessité de lutter « contre le communisme ».
« Ce premier tour a été une sorte de primaires pour la droite. La gauche a déjà fait son travail. »
Mireya Dávila, universitaire à l’Institut des Affaires Publiques de l’Université du Chili
Cette dynamique confirme une tendance à la droitisation de l’Amérique latine, avec des victoires récentes de figures conservatrices en Équateur (Daniel Noboa) et en Bolivie (Rodrigo Paz), ainsi que la performance de Javier Milei en Argentine. Le Chili semble donc suivre cette voie, où la sécurité et la lutte contre la criminalité sont devenues des thèmes centraux.
L’issue du second tour reste incertaine. Jeanette Jara devra mobiliser ses troupes et chercher des soutiens au-delà de sa base électorale. Elle a déjà lancé un appel au populiste Franco Parisi, qui a surpris en obtenant 19,7% des voix avec un discours anti-establishment. Cependant, Parisi n’a pas encore pris position.
« Nous sommes prêts à vraiment aider celui qui sera le prochain président. Nous allons discuter avec eux au moment opportun et dans les termes ouverts que nous recherchons. Nous voulons une politique pragmatique. »
Franco Parisi, candidat populiste
Jara, militante communiste et ancienne ministre du Travail sous le gouvernement Boric, devra convaincre les électeurs que sa vision est la meilleure pour le Chili. Elle met en avant ses réalisations, comme l’augmentation du salaire minimum et la réforme des retraites, mais elle est confrontée à une montée de l’inquiétude face à l’extrême droite et à ses références au passé autoritaire du pays.
Kast, qui a déjà tenté de remporter l’élection présidentielle en 2017 et 2021, se présente comme le garant de l’ordre et de la sécurité. Il promet une lutte sans relâche contre la criminalité et l’immigration irrégulière, ainsi qu’une réduction des dépenses publiques. Il a évité de s’étendre sur ses convictions ultraconservatrices en matière de droits individuels, mais son passé et ses liens avec l’héritage d’Augusto Pinochet continuent de susciter la controverse. Son père était affilié au parti nazi et il a lui-même défendu le gouvernement militaire dans le passé.
Le 14 décembre, les Chiliens devront choisir entre deux visions radicalement différentes pour l’avenir de leur pays. L’enjeu est de taille, car l’issue de cette élection pourrait confirmer la droitisation de l’Amérique latine et marquer un tournant dans l’histoire du Chili.
La candidate officielle du Chili, Jeannette Jara, exerçant son droit de vote le jour des élections de dimanche AP/Natacha Pisarenko
La loi chilienne, traditionnellement, favorise l’alternance politique. Depuis 2004, aucun gouvernement sortant n’a été reconduit. Cette tendance pourrait jouer en faveur de Kast, dont le parti, le Parti Républicain, est souvent comparé au parti espagnol VOX.
