Home Technologie et scienceLimite d’âge contre l’addiction au scrolling : l’Australie est-elle à l’origine d’un changement global sur Internet ?

Limite d’âge contre l’addiction au scrolling : l’Australie est-elle à l’origine d’un changement global sur Internet ?

by Thomas Caron

L’Australie a pris une mesure radicale pour protéger ses jeunes : une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, une première mondiale qui suscite un débat international et relance la question de la régulation du numérique.

Selon une enquête récente, trois quarts des adolescents australiens âgés de 16 à 18 ans estiment que certains de leurs amis sont dépendants des réseaux sociaux. Face à ce constat, Canberra a interdit, début décembre 2025, l’accès à dix plateformes populaires, dont TikTok, Instagram, Facebook, YouTube, X et Snapchat.

Cette décision intervient alors que les risques liés à l’utilisation intensive des smartphones et des réseaux sociaux – cyberharcèlement, manipulation, dépendance, troubles de la concentration, dépression – sont de plus en plus pointés du doigt. L’objectif affiché est de mieux protéger les enfants et les adolescents.

En Allemagne, une étude de l’institut Insa révèle qu’une majorité de la population soutient une approche similaire. 60 % des Allemands interrogés se disent favorables à des restrictions d’âge sur les réseaux sociaux, tandis que 24 % s’y opposent et 10 % n’ont pas d’opinion. Le soutien est particulièrement fort au sein des partis Verts (71 %), de la CDU/CSU (70 %) et du SPD (69 %).

Jens Spahn, chef de file de l’Union (CDU/CSU), a comparé les réseaux sociaux à des drogues dures, affirmant que des applications comme Instagram et TikTok agissent sur le système de récompense du cerveau de la même manière que l’héroïne, selon des chercheurs. D’autres figures de la CDU, comme Carsten Linnemann et Herbert Reul, plaident également pour une réglementation plus stricte.

Cependant, des voix s’élèvent pour critiquer cette approche. Quentin Gärtner, porte-parole de la Conférence fédérale des étudiants, estime que l’éducation et le développement des compétences numériques devraient être privilégiés plutôt que l’interdiction : « La première solution d’un politicien de l’éducation ne peut pas être d’interdire quoi que ce soit. » Simone Fleischmann, présidente de l’Association bavaroise des enseignants, partage ce scepticisme, jugeant une interdiction « totalement irréaliste ».

Au gymnase Annette-von-Droste-Hülshoff de Münster, les réactions des élèves sont mitigées. Si beaucoup reconnaissent le caractère addictif des réseaux sociaux, la plupart doutent de l’efficacité d’une interdiction.

« Quand j’ouvre mon téléphone et que je vois ces applications, c’est très distrayant. Dès que je clique dessus, je tombe dans mon addiction, conçue pour nous captiver, nous les jeunes. Une fois que j’y suis, c’est difficile d’en sortir », confie Keno, 14 ans, tout en se disant opposé à une interdiction totale.

Henri, 15 ans, comprend l’intention derrière cette mesure, mais craint qu’elle ne suscite davantage de rébellion qu’elle ne résolve le problème. Il estime qu’une éducation plus approfondie serait plus bénéfique.

L’interdiction australienne est déjà contestée en justice. Un adolescent de 15 ans a déposé un recours devant la Cour suprême, arguant qu’elle rend Internet plus dangereux pour les jeunes et les pousse à adopter des comportements plus risqués, créant une fracture sociale entre ceux qui la contournent et ceux qui la respectent.

Par ailleurs, le Danemark a annoncé en novembre 2025 une interdiction similaire pour les enfants de moins de 15 ans, avec possibilité pour les parents d’autoriser l’accès pour les 13-15 ans. La ministre de la Numérisation, Caroline Stage Olsen, a déclaré : « Les soi-disant médias sociaux volent le temps, l’enfance et le bien-être de nos enfants, et nous mettons maintenant un terme à cela. »

Des initiatives similaires sont également à l’étude en Norvège, en Irlande, en Espagne, en France et aux Pays-Bas, ainsi qu’au Parlement européen. Manfred Weber, président du Parti populaire européen, plaide pour une interdiction d’accès aux moins de 13 ans et un accord parental obligatoire entre 13 et 16 ans : « Nous devons transférer les règles du monde réel dans le monde numérique. »

Aux États-Unis, plusieurs États ont déjà pris des mesures, comme l’Utah qui exige le consentement parental pour l’utilisation des réseaux sociaux par les mineurs, ou la Floride qui exclut totalement les enfants de moins de 14 ans. Cependant, ces lois sont contestées devant les tribunaux au nom de la liberté d’expression.

Une étude récente commandée par la Postbank révèle que les jeunes allemands de 16 à 18 ans utilisent moins intensément les principales plateformes de médias sociaux qu’il y a un an. Instagram, YouTube, WhatsApp, TikTok, Snapchat et Facebook ont tous perdu en popularité, seul Pinterest ayant connu une légère augmentation.

Malgré cette tendance à l’autorégulation, 75 % des adolescents allemands estiment qu’ils connaissent des personnes dépendantes des réseaux sociaux, un sentiment plus fort chez les jeunes femmes (82 %) que chez les jeunes hommes (68 %). Plus de la moitié (56 %) ont quitté des chaînes sur Facebook ou YouTube en raison de l’agressivité, de la haine ou des fausses informations qui y étaient diffusées, et 41 % ont même désactivé leur propre profil pour les mêmes raisons.

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