Home Santé“L’industrie alimentaire est la même chose que l’industrie de la cigarette”

“L’industrie alimentaire est la même chose que l’industrie de la cigarette”

by Sophie Martin

Publié le 24 novembre 2023 14:15:00. La consommation d’aliments ultra-transformés continue de croître, particulièrement chez les populations les plus vulnérables, malgré une prise de conscience croissante des risques pour la santé. Des stratégies commerciales sophistiquées permettent à l’industrie agroalimentaire de contourner les réglementations et de maintenir ces produits attractifs pour les consommateurs.

  • Les populations les plus défavorisées sont les plus touchées par l’augmentation de la consommation d’aliments ultra-transformés.
  • L’industrie agroalimentaire utilise des tactiques marketing pour contourner les réglementations et maintenir la demande pour ces produits.
  • Des exemples concrets, comme la manipulation des étiquettes nutritionnelles, illustrent ces pratiques.

Une partie croissante de la population prend conscience des dangers liés à une alimentation riche en produits ultra-transformés. Pourtant, le manque de ressources financières et d’éducation favorise leur consommation, offrant un terrain fertile à l’industrie agroalimentaire. C’est au sein des foyers les plus modestes que l’on observe la plus forte augmentation de la consommation de ces aliments, souvent moins chers et plus pratiques, mais aux conséquences néfastes sur la santé.

Selon les observations de Marion Nestlé, chercheuse spécialisée dans ce domaine, les contraintes économiques et temporelles jouent un rôle majeur.

« Aux États-Unis, par exemple, les gens qui n’ont pas les moyens d’acheter des aliments sains n’ont pas non plus le temps de cuisiner. En fait, ils n’ont souvent ni cuisinière ni réfrigérateur, et on ne leur a même pas appris à préparer un repas. »

Marion Nestlé, chercheuse

Elle souligne également l’importance de l’éducation, tout en reconnaissant ses limites :

« Ils ont grandi dans une culture où consommer des aliments ultra-transformés est normal. L’éducation est importante dans ce contexte, mais ne soyons pas naïfs : ce n’est pas tout. »

Marion Nestlé, chercheuse

La chercheuse dénonce une commercialisation particulièrement habile, capable de s’adapter à toutes les contraintes. Pour illustrer cette réalité, elle raconte son expérience lors d’une visite dans un supermarché brésilien.

« C’est toujours la première chose que je fais quand j’arrive quelque part. Cette fois, j’ai cherché des céréales, car j’écris un livre sur elles. Et j’ai vu deux emballages absolument identiques d’une certaine marque. L’un avait une étiquette d’avertissement, avertissant que le produit était riche en sodium, en graisses et en sucres. Mais l’autre n’en avait pas. Curieux, n’est-ce pas ? »

Marion Nestlé, chercheuse

En examinant attentivement les deux boîtes, elle a découvert la subtilité de la manœuvre.

« Même si je ne parle pas portugais, je peux comprendre les étiquettes. Et dans ce cas, l’une des céréales contenait un édulcorant artificiel. Cependant, le sucre était le deuxième élément de la liste des ingrédients. »

Marion Nestlé, chercheuse

L’ordre des ingrédients sur l’emballage, du plus abondant au moins abondant, révèle ainsi une stratégie visant à réduire la quantité de sucre juste en dessous du seuil à partir duquel une étiquette d’avertissement devient obligatoire.

« Dans les céréales, ils ont réduit un peu la quantité de sucre, en ajoutant un édulcorant, juste pour que le produit échappe au seuil à partir duquel il serait obligé d’afficher l’étiquette d’avertissement. »

Marion Nestlé, chercheuse

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