Home MondeL’influence politique « effrontée » des riches mise à nu alors que la richesse des milliardaires atteint 18,3 milliards de dollars, selon Oxfam | Développement mondial

L’influence politique « effrontée » des riches mise à nu alors que la richesse des milliardaires atteint 18,3 milliards de dollars, selon Oxfam | Développement mondial

by Clara Dubois

Une concentration record de richesses contraste avec une stagnation des efforts pour lutter contre la pauvreté et la faim à l’échelle mondiale. Une nouvelle enquête révèle que le nombre de milliardaires a franchi le cap des 3 000 en 2025, tandis que les inégalités continuent de s’aggraver, suscitant des mouvements de contestation à travers le monde.

L’étude annuelle d’Oxfam sur les inégalités mondiales met en lumière une réalité frappante : le nombre de milliardaires a augmenté de 81 % depuis 2020, atteignant une richesse collective de 18,3 milliards de dollars (13,7 milliards de livres sterling). Selon l’organisation, cette somme serait suffisante pour éradiquer la pauvreté mondiale 26 fois. Pourtant, les gouvernements semblent souvent céder à l’influence croissante des plus fortunés, au détriment des citoyens ordinaires.

Ces derniers mois, des soulèvements populaires ont éclaté en Afrique, en Asie et en Amérique latine, motivés par la colère face à la corruption, aux mesures d’austérité, au chômage et au coût de la vie. Max Lawson, co-auteur du rapport, dénonce une répression systématique de ces mouvements :

« Les gouvernements du monde entier font le mauvais choix : ils choisissent de défendre la richesse et non la liberté. Ils choisissent le règne des riches. Ils choisissent de réprimer la colère de leurs peuples face à la façon dont la vie devient inabordable et insupportable, plutôt que de redistribuer la richesse des plus riches vers le reste. »

Max Lawson, co-auteur du rapport

Au Kenya, Wanjira Wanjiru, militante pour la justice sociale, témoigne des disparités criantes qu’elle observe quotidiennement dans le bidonville de Mathare, à Nairobi. Là où de nombreux habitants n’ont pas accès à l’eau potable ni à des installations sanitaires de base, un club de golf voisin utilise des arroseurs pour entretenir ses terrains. Elle souligne que le gouvernement kenyan a privilégié les intérêts des riches en imposant des mesures d’austérité dans les secteurs de l’éducation et de la santé, tout en accordant des exonérations fiscales aux entreprises.

Malgré ce constat alarmant, Wanjiru Wanjiru reste optimiste quant à une prise de conscience collective. Elle observe une mobilisation croissante des jeunes, en particulier dans les pays en développement, qui osent défier l’influence des élites sur la politique.

« En fait, j’ai bon espoir car la réaction naturelle sera de forcer les systèmes à fonctionner pour les gens. Nous arrivons à un point où nous n’en pouvons vraiment plus. Quand les gens sont opprimés, ils se rebellent toujours. »

Wanjira Wanjiru, militante pour la justice sociale

L’exemple du Népal illustre cette dynamique. En septembre 2025, une vague de protestations contre la corruption a conduit au renversement du gouvernement. Parmi les cibles de la colère populaire figurait Binod Chaudhary, seul milliardaire du Népal et député, dont des commerces et des propriétés ont été incendiés. Pradip Gyawali, consultant politique népalais, explique :

« Il y a eu de nombreux cas de politiciens prenant de l’argent aux hommes d’affaires pour travailler en leur faveur. Nous avons protesté contre eux parce que les gens ordinaires devaient travailler très dur pour peu de récompense [tandis que les riches en bénéficiaient]. Notre protestation était un message selon lequel il s’agit d’une nouvelle révolution, non seulement dans notre pays mais dans le monde entier, où les jeunes devraient avoir leur mot à dire et avoir un certain pouvoir en politique. »

Pradip Gyawali, consultant politique népalais

Selon Oxfam, les milliardaires sont 4 000 fois plus susceptibles qu’une personne ordinaire d’occuper des fonctions politiques. De plus, plus de la moitié des sociétés de médias à l’échelle mondiale et neuf des dix plus grandes plateformes de médias sociaux appartiennent à des milliardaires. Des recherches menées aux États-Unis montrent que les politiques soutenues par les riches ont 45 % de chances d’être adoptées, contre seulement 18 % pour celles qu’ils s’opposent.

Lawson et son co-auteur, Harry Bignell, soulignent que les milliardaires sont désormais plus ouverts à utiliser leur fortune pour influencer la politique, que ce soit en contrôlant les médias, en occupant des postes de pouvoir ou en finançant des campagnes électorales. La convergence entre l’argent et la politique devient, selon eux, de plus en plus flagrante.

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