Home Santél’institut Pasteur révèle ce qui a décimé l’armée napoléonienne lors de la retraite de Russie

l’institut Pasteur révèle ce qui a décimé l’armée napoléonienne lors de la retraite de Russie

by Sophie Martin

La retraite désastreuse de la Grande Armée de Napoléon après la bataille de la Bérézina, en 1812, a été encore plus meurtrière qu’on ne le pensait. Une étude de l’Institut Pasteur révèle que, au-delà du froid et de la faim, deux maladies infectieuses ont contribué à décimer les troupes françaises.

Seuls quelques dizaines de milliers de soldats ont survécu à la campagne de Russie, sur les 600 000 hommes qui avaient quitté la France. Si les combats ont causé de nombreuses pertes, la retraite fut particulièrement fatale. Des médecins militaires rapportaient déjà à l’époque des cas de typhus en Lituanie. Mais de nouvelles recherches en paléogénomique ont mis en évidence la présence d’autres pathogènes insoupçonnés.

« Grâce à nos recherches, nous avons découvert deux nouveaux agents pathogènes : la fièvre paratyphoïde et la fièvre récurrente », explique Rémi Barbieri, chercheur à l’Institut Pasteur. « La première se transmet par la contamination de l’eau ou de la nourriture, la seconde par les poux de corps. Cela témoigne des conditions d’hygiène déplorables au sein de l’armée française, où les soldats étaient infestés de poux. »

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé les dents de 13 soldats napoléoniens exhumés en Lituanie. « Nous avons ouvert les dents et prélevé un échantillon de pulpe dentaire, qui contient une goutte de sang séché », détaille M. Barbieri. « Nous avons ensuite extrait l’ADN de cet échantillon pour identifier les pathogènes présents dans le sang au moment du décès. »

Ces deux maladies ont été détectées chez près de la moitié des 13 soldats étudiés. Les chercheurs se montrent prudents : il est encore prématuré d’affirmer qu’elles ont été les principales causes de mortalité au sein de la Grande Armée. Cependant, cette découverte permet de mieux comprendre la complexité de la crise sanitaire qui a frappé les troupes napoléoniennes.

« Au départ, on pensait qu’il n’y avait qu’un seul agent pathogène responsable du typhus. Aujourd’hui, nous savons qu’il y en a plusieurs, et qu’il est probable qu’une combinaison de différents pathogènes ait contribué à la mort de nombreux soldats », souligne Rémi Barbieri.

Selon les estimations, 300 000 soldats sont morts de faim, de froid ou de maladie au cours de la campagne de Russie. Afin de rendre leurs recherches plus accessibles, les scientifiques de l’Institut Pasteur ont créé une chanson expliquant leur démarche, disponible sur YouTube.

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