Publié le 2025-11-03 07:08:00. L’Irlande est mal préparée à faire face aux menaces posées par la « flotte fantôme » russe, un réseau de navires qui sillonne de plus en plus fréquemment ses eaux territoriales et sa zone économique exclusive. Un expert en défense alerte sur la vulnérabilité des infrastructures énergétiques du pays.
L’Irlande dispose de moyens limités pour surveiller et contrer les activités de la « flotte fantôme » russe, a déclaré Declan Power, analyste en défense et sécurité. Ces navires, au nombre de 469 signalés au large des côtes irlandaises en 2025, représentent une menace multiforme.
Selon M. Power, ces menaces potentielles incluent des opérations de reconnaissance, des actes de sabotage, des perturbations des pipelines d’énergie et des câbles de communication sous-marins, ainsi que des risques de pollution liés à d’éventuelles marées noires. Plus d’informations sur la flotte fantôme russe.
« L’Irlande est perçue comme un pays vulnérable », a expliqué M. Power. « La Russie pourrait penser qu’elle peut exploiter cette faiblesse, car nous ne sommes pas actuellement équipés pour faire face à une telle situation. »
Un des principaux problèmes identifiés est l’absence d’équipements sonar performants, essentiels pour la surveillance des mers et la détection de ces navires. Bien que le gouvernement irlandais ait approuvé un projet d’investissement dans cette technologie en septembre, annoncé par le Tánaiste et ministre de la Défense, Simon Harris, le calendrier d’acquisition de ces équipements reste incertain.
« Nous avons besoin de sonar et nous devons équiper nos navires », a insisté M. Power. « Le véritable défi réside cependant dans le recrutement et la rétention du personnel au sein de la marine. Les salaires et les conditions de travail sont nettement moins attractifs que ceux proposés par le secteur privé. »
L’infrastructure sous-marine de l’Irlande est particulièrement vulnérable, notamment en raison de sa dépendance énergétique. 80 % de l’électricité du pays est importée d’Écosse, et le gaz naturel provient de Norvège. La sécurité énergétique irlandaise est donc étroitement liée à celle du Royaume-Uni et de la France.
Selon M. Power, un simple navire traînant son ancre pourrait endommager les pipelines d’énergie, qui ne sont pas situés en profondeur et sont relativement faciles à atteindre.
« Perturber les canalisations d’énergie pourrait être aussi simple qu’un navire “y traine une ancre”, car les canalisations ne sont pas trop profondes dans l’océan et sont plus larges et “plus faciles à endommager” que les câbles à fibres optiques. »
Declan Power, analyste en défense et sécurité
Face à cette situation, M. Power estime que la nouvelle stratégie de sécurité maritime, dont la publication est prévue d’ici la fin de l’année, représente une opportunité de renforcer les capacités de l’Irlande. « Nous devons investir dans de nouvelles infrastructures, mais éviter de gaspiller des ressources sur des équipements que d’autres pays peuvent fournir plus efficacement », a-t-il souligné. « Il est essentiel que nous assumions la responsabilité de la sécurité de nos propres eaux et que nous coordonnions nos efforts avec le Royaume-Uni, notamment en matière de renseignement. »
