Publié le 22 octobre 2025 13h34. L’accès au logement devient une préoccupation majeure en Europe, particulièrement dans les grandes villes de la péninsule ibérique, où les loyers atteignent des niveaux record par rapport aux revenus. Le Conseil européen s’apprête à débattre de solutions face à cette crise croissante.
- Lisbonne, Barcelone et Madrid sont pointées du doigt comme les villes où le loyer absorbe la plus grande part du salaire.
- Bruxelles met en garde contre les politiques de contrôle des loyers, les jugeant potentiellement contre-productives.
- L’Espagne affiche une augmentation des loyers supérieure à la moyenne européenne au cours de la dernière décennie.
Selon un rapport du Conseil européen publié ce lundi, la situation du logement dans l’Union européenne est de plus en plus tendue. Lisbonne se distingue particulièrement, avec un loyer moyen représentant 116 % du salaire net moyen. Barcelone et Madrid suivent de près, avec 74 % dans les deux cas. Ces chiffres alarmants placent les grandes villes ibériques au cœur des préoccupations du Conseil, qui se réunira ce jeudi à Bruxelles pour un premier débat à ce sujet.
Le rapport, préparé par les services de recherche du Conseil, souligne la difficulté d’élaborer une politique unique applicable à tous les États membres, en raison de la diversité des contextes nationaux. Il nuance toutefois l’efficacité de certaines mesures, précisant que « si l’action européenne peut compléter les efforts nationaux visant à améliorer le parc immobilier existant et à remédier aux carences du marché, certaines mesures proposées peuvent soulever des dilemmes ».
La Commission européenne a récemment exprimé ses réserves quant à la politique de contrôle des loyers promue par le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez. Bruxelles craint que ces mesures ne conduisent à une réduction de l’offre locative, à un désengagement des propriétaires et à la création de marchés parallèles. Elle insiste sur la nécessité d’accompagner toute intervention sur les prix par des politiques robustes visant à stimuler la construction de nouveaux logements.
L’Espagne, en particulier, connaît une forte augmentation des loyers. Les prix ont grimpé de 72 % au cours de la dernière décennie, dépassant la moyenne européenne de 58,33 %. Si cette hausse est inférieure à celle observée en Hongrie (237,54 %), en Lituanie (147,69 %), au Portugal (147,05 %) ou en Bulgarie (137,55 %), elle reste significative. À l’inverse, la Finlande est le seul pays membre à avoir enregistré une baisse des prix (-0,4 %). L’Italie (13,3 %), Chypre (13,71 %) et la France (26,69 %) affichent les hausses les plus modestes.
Le rapport met en évidence une pression à la hausse sur les loyers, exacerbée par la demande croissante dans les zones urbaines et économiquement dynamiques. Entre 2013 et 2018, plusieurs capitales européennes, dont Lisbonne, Dublin, Madrid, Stockholm et Luxembourg, ont vu les prix des loyers augmenter plus rapidement que la moyenne nationale. Face à cette situation, plusieurs gouvernements envisagent de réglementer les loyers, de mettre en place des aides financières ou de s’associer à des investisseurs institutionnels pour augmenter l’offre locative, mais l’impact à long terme de ces mesures reste incertain.
L’Espagne se distingue également par le fait que ses jeunes adultes s’émancipent plus tardivement. L’âge moyen de départ du foyer familial y est de 30 ans, un chiffre dépassé seulement par la Croatie (31,3 ans), la Slovaquie (30,9 ans), la Grèce (30,7 ans) et l’Italie (30,1 ans).
Malgré les incertitudes économiques, plusieurs pays du sud de l’Europe affichent des perspectives positives en matière de construction de logements. L’Espagne prévoit une hausse de 3,2 % cette année, le Portugal de 4 % et la Grèce de 10 %, grâce aux fonds de relance, aux projets de modernisation des infrastructures et à un regain d’intérêt pour la rénovation énergétique.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé qu’elle accordera une priorité à la crise du logement à l’agenda de l’UE. Elle a souligné que l’accès au logement est devenu une source d’inquiétude pour de nombreux Européens.
« C’est plus qu’une crise immobilière : c’est une crise sociale. Cela déchire le tissu social européen, affaiblit notre cohésion et menace également notre compétitivité. »
Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne
L’exécutif européen travaille déjà sur un premier plan européen pour le logement abordable, qui devrait être présenté en décembre.
