Publié le 6 novembre 2025 11h32. Des images capturées en Australie révèlent une relation fascinante entre les baleines à bosse et les rémoras, ces poissons qui profitent du voyage en s’attachant à leurs hôtes géants.
- Des scientifiques ont filmé des bancs de rémoras se fixant et se détachant collectivement des baleines à bosse lorsqu’elles remontent à la surface.
- Les rémoras, véritables « passagers clandestins » marins, bénéficient d’un transport gratuit et d’un accès à la nourriture en se nourrissant de parasites sur la peau des baleines.
- Cette étude, menée grâce à des caméras fixées sur les baleines, offre un aperçu rare du comportement de ces poissons et de leur interaction avec les mammifères marins.
Une séquence rare a été immortalisée par le Dr Olaf Meynecke, un scientifique marin de l’Université Griffith, grâce à des caméras fixées sur des baleines à bosse au large du Queensland, en Australie. Les images montrent des bancs de rémoras s’agrippant fermement au corps des baleines, mais se détachant de manière synchronisée lorsque celles-ci remontent à la surface pour respirer.
Les rémoras, reconnaissables à leur corps long et mince (mesurant entre 30 et 90 cm), possèdent un disque de succion à la place d’une nageoire dorsale. Ce disque leur permet de s’attacher à divers animaux marins, tels que les requins, les tortues, les dauphins et, bien sûr, les baleines. Ils sont parfois surnommés « ventouses de requin » ou « ventouses de baleine » en raison de cette particularité.
Le Dr Meynecke explique que les rémoras sont capables de détecter les changements de vitesse et de profondeur de l’eau.
« C’était incroyable de voir à quel point ils étaient rapides et agiles lors de plusieurs observations avec les baleines. »
Dr Olaf Meynecke, scientifique marin à l’Université Griffith
En Australie, plusieurs espèces de rémoras sont connues pour adopter ce mode de vie parasitaire. On sait peu de choses sur ces poissons, leur étude étant rendue difficile par leur rapidité et leur comportement. Cependant, ces images offrent un aperçu fascinant de leur quotidien.
Du point de vue de la baleine, la présence de rémoras augmente probablement la traînée hydrodynamique. En contrepartie, les rémoras profitent d’un repas régulier en se nourrissant de parasites et de peaux mortes. Les images confirment cette hypothèse, montrant des rémoras se nourrissant des cellules cutanées éliminées par les baleines, un peu comme des humains perdent leurs peaux mortes.
Le professeur Culum Brown, expert en comportement des poissons à l’Université Macquarie, qui n’a pas participé à cette recherche, souligne que les rémoras étaient traditionnellement considérés comme étant spécifiques à un hôte, c’est-à-dire qu’ils restaient attachés à la même espèce tout au long de leur vie. Cependant, il ajoute que ces poissons peuvent parfois s’attacher à des plongeurs.
Le disque de succion du rémora est une véritable prouesse d’ingénierie, permettant à l’animal de s’accrocher efficacement à son hôte.
« S’ils se pressent contre leur hôte et se tortillent vers l’arrière, cela augmente la succion. Et s’ils nagent vers l’avant, cela diminue la succion. »
Professeur Culum Brown, expert en comportement des poissons à l’Université Macquarie
En optant pour ce mode de transport passif, les rémoras bénéficient de plusieurs avantages. Outre la nourriture, ils respirent plus facilement en profitant du mouvement de l’eau autour de leur hôte, évitant ainsi de devoir pomper activement l’eau sur leurs branchies. Selon le professeur Brown, ils « trompent tout le système » en obtenant un transport et une alimentation gratuits, ce qui est « un peu effronté ».
La scientifique des baleines, le Dr Vanessa Pirotta, qui n’a pas participé à l’étude, compare les baleines à « l’ultime Uber gratuit en mer ». Elle précise également que les balanes sont d’autres animaux qui profitent du voyage en s’attachant aux baleines.
« Les baleines sont un véhicule transportant une vie marine abondante tout au long de leur voyage. Un aspect que nous sous-estimons souvent ou que nous ne voyons tout simplement pas. »
Dr Vanessa Pirotta, scientifique des baleines