Le coroner Luc Malouin conclut dans son rapport d’enquête publique que Maëlyne Lugez était fort probablement vivante au moment de la suspension des recherches le 6 novembre 2024 à Lévis. Le document pointe la responsabilité du Service de police de la Ville de Lévis et écarte la thèse du suicide.
L’enquête publique présidée par le coroner Luc Malouin jette un regard critique sur les opérations menées lors de la disparition de l’adolescente de 13 ans à Lévis en novembre 2024.
Les indices scientifiques qui redéfinissent l’heure du décès
Le rapport contredit formellement le scénario initial qui situait la mort de la jeune fille quelques minutes après son départ de l’école secondaire sur l’heure du midi, le 6 novembre 2024. Pour établir une chronologie plus précise, Me Malouin s’appuie sur des observations rigoureuses. L’absence de décomposition, le début de la rigidité cadavérique ainsi qu’une température extérieure avoisinant le point de congélation au cours de la nuit constituent les principaux jalons de cette analyse.
L’hypothermie a joué un rôle déterminant dans l’issue tragique. Comme l’explique le document, l’organisme de l’adolescente a dû subir des températures suffisamment basses pour déclencher un tel état. La preuve démontre également que Maëlyne a rampé sur une distance avant de rendre son dernier souffle, un comportement typique d’une confusion mentale liée au froid intense. Selon les conclusions, le décès est survenu tard dans la soirée ou au début de la nuit suivante, ce qui signifie que l’adolescente luttait encore pour sa survie dans le boisé au moment où les policiers quittaient le secteur.
Les manquements aux procédures et l’absence d’appel à la Sûreté du Québec
L’enquête publique, qui a nécessité l’audition de 30 témoins et l’analyse de plus de 76 documents déposés en preuve, met en lumière plusieurs failles opérationnelles. Les recherches terrestres n’ont pas respecté le guide de pratique en vigueur au sein du corps policier. Surtout, la preuve démontre qu’il n’y a jamais eu de demande d’aide auprès de la Sûreté du Québec lors de la première soirée de recherches.
Le père de la victime, Samuel Lugez, avait exprimé sa profonde amertume en mai 2026, convaincu que sa fille aurait pu être sauvée si les ressources déployées le lendemain matin avaient été activées dès l’après-midi du signalement. Le coroner abonde en partie dans ce sens, tout en apportant une nuance de prudence. Me Malouin souligne en effet que rien ne permet de croire qu’un meilleur déploiement ou que des recherches faites autrement aurait garanti une conclusion différente.
La thèse du suicide écartée au profit d’un accident tragique
Malgré un contexte personnel difficile marqué par une période de stress aigu et des idées suicidaires, illustré par un message inquiétant envoyé à une amie le matin même où elle écrivait être à deux doigts vraiment de me tuer, le coroner écarte formellement l’hypothèse volontaire. L’enquête privilégie plutôt une noyade accidentelle survenue après un malaise.

Affaiblie par le manque d’alimentation et engourdie par les températures glaciales, l’adolescente a probablement perdu conscience de manière progressive. Le coroner relève également un phénomène classique d’hypothermie, le déshabillage paradoxal, qui permet d’expliquer pourquoi la jeune fille avait retiré ses souliers avant de s’affaisser dans le boisé à proximité de l’établissement scolaire.
Les suites institutionnelles et le dépôt du rapport
Annoncé officiellement par le Bureau du coroner le 14 septembre 2026, le document officiel a été rendu public à la suite des audiences publiques s’étant terminées en mai dernier, concrétisant la fin des travaux de cette enquête publique d’envergure menée par Me Luc Malouin, un coroner de plus de 40 ans d’expérience ayant présidé plusieurs enquêtes publiques marquantes au fil des ans, comme celle sur la tragédie des Éboulements, celle sur la mort d’Alain Magloire et, plus récemment, celle sur la mort des sœurs Carpentier et de leur père. Le rapport formule deux recommandations principales destinées au Service de police de la Ville de Lévis et à la Sûreté du Québec, consultables sur le site web officiel des autorités coronaires à l’adresse www.coroner.gouv.qc.ca.
De son côté, la direction du corps policier municipal a indiqué qu’elle allait analyser ces conclusions avec sérieux, respect et ouverture, tout en réitérant sa confiance envers ses effectifs et son organisation.