Confronté à une faillite imminente et à des difficultés financières massives, le conseil d’administration du Kennedy Center doit se prononcer ce mardi 15 septembre sur une éventuelle fermeture. Cette crise s’ajoute à une bataille judiciaire où la justice a interdit de réafficher le nom de Donald Trump sur la façade de l’institution.
Le célèbre centre culturel de Washington traverse une zone de turbulences inédite. Inauguré en 1971, le Kennedy Center est aujourd’hui menacé de faillite et pourrait fermer ses portes dès ce mardi, selon les informations relayées par le journal américain le Washington Post, d’après des documents obtenus par le quotidien. Les difficultés financières se sont accumulées au cours du dernier exercice fiscal : sur les 220 millions de dollars de recettes prévues dans son budget, le centre ne doit en percevoir environ que 124 millions, ce qui laisse un déficit d’environ 23 millions de dollars, même après d’importantes réductions de dépenses
, rapporte le Washington Post.
Une crise financière accentuée par le boycott des artistes et une tempête
La situation économique de l’établissement s’est détériorée après la reprise en main de la direction par des proches de Donald Trump au début de son second mandat en 2025. Ces changements de gouvernance ont entraîné un mouvement de rejet : de nombreux artistes ont annulé leurs concerts dans cette salle emblématique, provoquant une chute des ventes de billets à leur niveau le plus bas depuis la pandémie de Covid-19, selon les médias américains. En outre, le centre a vu ses effectifs fondre dramatiquement : selon un guide bénévole nommé Johnny interrogé par Le Temps, il y avait plus de 300 employés et 500 bénévoles. Maintenant il n’y a presque plus personne qui vient ici
.
À cette désaffection artistique s’ajoutent des problèmes d’infrastructure aggravés par les intempéries. Au début du mois de septembre, une violente tempête a provoqué des dégâts matériels, au cours de laquelle une partie du plâtre du plafond s’est détachée
, a rapporté le Washington Post, entraînant également la fermeture de la terrasse du dernier étage où, selon Le Temps, un tas de gravats prend le soleil sur le tapis rouge
. Les responsables du centre ont averti dans les documents du Post qu’ils pourraient ne plus être en mesure de verser les salaires ou d’honorer les contrats d’entretien courants
.
Le combat judiciaire autour de la façade et du nom de Donald Trump
Parallèlement à cette crise budgétaire, le bâtiment fait l’objet d’un bras de fer juridique. En décembre 2025, le nom de Donald Trump avait été accolé à celui de l’ancien président démocrate John F. Kennedy pour rebaptiser l’établissement en Trump Kennedy Center
. Cependant, la justice a bloqué ce changement et, selon un juge américain cité par 24heures.ch, toute inscription faisant référence au président ne peut être apposée sans l’aval du Congrès. Fin mai, le juge Christopher Cooper avait ordonné au conseil de retirer toute référence au président ou à tout individu autre que le président Kennedy dans un délai de deux semaines, une décision que le Kennedy Center avait indiqué avoir exécutée en juin avant de revenir à la charge durant l’été.

Malgré ces décisions, le conseil d’administration est revenu avec un nouveau projet d’hommage. La justice a de nouveau sévi dans une décision rendue par le juge Christopher Cooper à l’issue d’une audience en référé : Il est par la présente décision interdit à la défense d’inscrire ‘Rénové et restauré par Donald Trump’ sur le bâtiment principal (…) Pour faire simple, la défense ne peut pas installer de référence au président Trump (…) au Kennedy Center sans l’accord du Congrès
, écrit le magistrat, tout en rappelant que le besoin apparaît criant
pour les travaux de réparation et en précisant qu’il ne s’opposerait pas à une fermeture si elle découlait d’une évaluation approfondie, après avoir suspendu une précédente tentative de fermeture de deux ans décidée en mars.
L’alternative du conseil d’administration face au gouffre budgétaire
Pour tenter d’échapper à la faillite, les documents consultés par le Washington Post font valoir que soutenir publiquement Donald Trump au sein du centre pourrait permettre d’obtenir des financements et d’assurer la pérennité de l’établissement. Selon le journal américain, les administrateurs devront choisir parmi dix textes qui pourraient être apposés sur la façade du bâtiment, sous son nom
, afin de remercier le président américain pour cette rénovation. De son côté, Donald Trump a déclaré mardi sur sa plateforme Truth Social : Le Kennedy Center est pratiquement en ruine, et ce depuis de nombreuses années
.

Sollicité par l’AFP, le centre a refusé de s’exprimer, invitant à se référer aux déclarations de la porte-parole Roma Daravi faites le 4 septembre, qui avait dénoncé des décennies de négligences et de report de travaux par la direction précédente
. Par ailleurs, le centre a assuré dans une note détaillée que ajouter le nom du président Donald Trump au bâtiment a attiré de nouveaux donateurs
. Le vote du conseil d’administration prévu ce mardi doit sceller l’avenir immédiat du bâtiment.