Manitoba rend obligatoire le vote pour les élections provinciales
Face à une baisse généralisée de la participation électorale au Canada et dans plusieurs démocraties, l'idée de rendre le vote obligatoire revient au cœur des débats publics.
Face à une baisse généralisée de la participation électorale au Canada et dans plusieurs démocraties, l’idée de rendre le vote obligatoire revient au cœur des débats publics.
Les taux de participation électorale subissent un recul continu dans plusieurs pays démocratiques, incitant les observateurs à réexaminer des solutions radicales. Des nations comme l’Australie appliquent le vote obligatoire depuis un siècle, assorti d’amendes pour les abstentionnistes, ce qui leur permet de maintenir un engagement citoyen frôlant les 90 %, selon les informations rapportées sur la question.
Au Canada, la tendance à l’érosion du vote s’observe depuis des décennies, tant au niveau fédéral que provincial. En 1993, la participation atteignait encore 69,6 %, avant de chuter à 60,9 % en 2004 et à 58,8 % en 2008, d’après les données historiques recensées par Radio-Canada. Même si un sursaut a porté ce taux à 68,3 % en 2015, l’essoufflement de la base électorale demeure une préoccupation majeure pour la légitimité du système démocratique.
Le cas du Manitoba et la désaffection des urnes
La province du Manitoba a récemment illustré cette tendance avec une élection provinciale qui a attiré un peu plus de 55 % des électeurs, l’un des taux les plus bas enregistrés en 60 ans. D’après les chiffres préliminaires de ce scrutin de mardi, 472 575 Manitobains ont exercé leur droit de vote sur un total de 853 378 inscrits, comparativement à un peu plus de 57 % en 2016.
Mais, voir que près de la moitié des Manitobains ne sont pas allés voter, c’est assez décevant.
Le politologue attribue en partie cette faible mobilisation à la convocation du scrutin un an plus tôt que prévu, en plein été, ainsi qu’à son chevauchement avec les élections fédérales et à la victoire des progressistes-conservateurs qui était largement anticipée. Les électeurs se déplacent généralement lorsqu’ils perçoivent un impact direct et réel de leur voix.
Des soubresauts provinciaux dans l’Ouest et en Ontario
Le Manitoba est loin d’être un cas isolé, bien que certaines provinces affichent des soubresauts temporaires. En Alberta, la dernière élection a fait exception sur une période de 20 ans en atteignant 64 % de participation, un bond de près de 10 points de pourcentage par rapport à 2015. Cependant, l’histoire récente montre des planchers spectaculaires : à deux reprises depuis 1997, moins de la moitié des électeurs inscrits ont pris part au choix de leur gouvernement provincial, notamment en 2004 avec 44,7 % et en 2008 avec un peu plus de 40 %.
L’Ontario a connu une dynamique similaire. Si l’élection de 2018 a enregistré une participation supérieure à la précédente, le scrutin de 2011 avait vu moins de la moitié des électeurs se déplacer, le taux s’établissant alors à 48,2 %. Pour les spécialistes, ces fluctuations confirment que la participation s’érode structurellement à travers le pays.
Le débat sur l’obligation de voter au Canada
Face à la menace d’un affaiblissement de la démocratie représentative, l’instauration du vote obligatoire trouve des partisans parmi les experts en politiques publiques. Robert Asselin, politologue à la Munk School de l’Université de Toronto et ancien conseiller du premier ministre Justin Trudeau, défend l’idée que cette contrainte pourrait revitaliser les institutions.
Je pense que, essentiellement, le vote obligatoire changerait la culture politique et amènerait les gens à s’informer davantage et à participer davantage à la démocratie.
Manitoba : le vote des jeunes hommes pour des candidats de droite
L’expert rappelle que le vote obligatoire est déjà en vigueur dans plusieurs démocraties à travers le monde, citant des pays comme l’Australie, la Belgique, le Brésil, le Luxembourg et l’Argentine. Il insiste sur le fait qu’une telle règle n’impose pas de choix partisan, l’obligation se limitant à se présenter à l’urne pour exprimer une préférence, ce qui inclut la possibilité d’annuler son bulletin, de rejeter les partis ou de voter blanc.
Selon cette perspective, s’en remettre entièrement aux élus sans exiger l’implication de la base citoyenne fragilise le système, d’autant qu’il demeure aisé dans le mode de scrutin actuel de décrocher une majorité avec une proportion restreinte de l’ensemble des électeurs inscrits.
Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.