Publié le 6 novembre 2023 19:12:00. À 85 ans, l’écrivaine canadienne Margaret Atwood dévoile une facette inattendue de sa personnalité dans ses nouveaux mémoires, Livre des vies, tout en se livrant à une réflexion sur sa vie, son œuvre et les mutations du monde qui l’entoure.
- Margaret Atwood, figure emblématique de la littérature canadienne, révèle qu’elle pratique la chiromancie.
- Ses mémoires retracent son parcours, de son enfance isolée dans la nature à la reconnaissance internationale, en passant par les débuts modestes de sa carrière.
- L’auteure de La Servante écarlate revient sur l’évolution de la société et l’impact de ses œuvres, notamment à l’ère Trump.
Margaret Atwood est bien plus qu’une romancière, poète et essayiste de renommée mondiale. L’auteure de plus de 50 ouvrages, dont les célèbres La Servante écarlate et Alias Grace, adaptés au cinéma, possède un talent méconnu : la lecture de la paume. Lors d’une récente entrevue à la bibliothèque de livres rares Thomas Fisher à Toronto, elle a ainsi prédit à Matt Galloway, l’animateur de l’émission Le courant de la CBC, une longue vie en bonne santé.
« Vous êtes en très bonne santé et vous allez vivre longtemps »,
Margaret Atwood
Atwood ne se limite pas à la divination. Dans Livre des vies : un mémoire en quelque sorte, elle explore en profondeur les expériences qui ont façonné son écriture et la manière dont son œuvre a, à son tour, influencé sa vie. Elle y revient sur une enfance passée dans la nature sauvage de l’Ontario et du Québec, où ses parents, entomologiste et diététiste, lui ont transmis le goût du récit.
Les débuts de sa carrière furent modestes. Elle se souvient avec amusement de la présentation de son premier roman, La Femme comestible, en 1969, dans le rayon chaussettes et sous-vêtements pour hommes d’un grand magasin de la Compagnie de la Baie d’Hudson à Edmonton.
« Je pense qu’ils pensaient que les gens… me verraient assise avec ma pathétique petite table de femmes comestibles parmi les shorts de jockey et se précipiteraient pour les acheter – ce qu’ils n’ont pas fait »,
Margaret Atwood
Elle raconte que les rares passants, souvent des hommes en pause déjeuner, jetaient un coup d’œil curieux avant de repartir précipitamment dans leurs galoches.
Dans les années 1960, la scène littéraire canadienne était encore en développement. Atwood se souvient d’une époque où l’on considérait que les « vrais » écrivains venaient d’ailleurs. Elle a participé à l’émergence d’une nouvelle génération d’auteurs, parmi lesquels Michael Ondaatje et Alice Munro, qui ont contribué à faire reconnaître la littérature canadienne sur la scène internationale.
L’œuvre d’Atwood a pris une résonance particulière avec l’élection de Donald Trump en 2016. La Servante écarlate, publiée en 1985, a soudainement trouvé un écho troublant dans la réalité politique américaine.
« Rien dans la série n’a changé, mais le cadre a changé et elle a été vue différemment. Ce n’était plus un fantasme lointain ; c’était une réalité proche. »
Margaret Atwood
Atwood s’inquiète des dérives autoritaires et de la remise en question des valeurs démocratiques. Elle souligne l’importance de rester vigilant face aux menaces qui pèsent sur les libertés individuelles.
À l’approche de ses 86 ans, Atwood aborde le vieillissement avec un humour désarmant. Elle évoque ses visites chez l’audiologiste et les conversations avec ses amis sur les aléas du corps humain.
« J’ai dit : ‘La plupart des gens de mon groupe démographique sont morts, donc ils n’entendent rien’. Il a été assez choqué par ça… premièrement, que je l’ai dit, et deuxièmement, que je pensais que c’était une blague. »
Margaret Atwood
Elle confie également qu’elle garde rancune, une caractéristique qu’elle attribue à son signe du Scorpion. Mais au-delà de l’humour et de l’autodérision, Livre des vies est une œuvre sincère et touchante, qui offre un aperçu intime de la vie et de la pensée d’une grande écrivaine.
Margaret Atwood est-elle rancunière ? «Je n’ai pas le choix. Je suis un Scorpion”, a déclaré la célèbre romancière canadienne à The Current dans une interview à propos de ses nouveaux mémoires Book of Lives.
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