Publié le 16 novembre 2025. Des millions d’hommes utilisant le finastéride pour lutter contre la perte de cheveux pourraient être exposés à un risque accru de dépression et d’idées suicidaires, selon des études récentes et des alertes réglementaires. Après des années d’inquiétudes, les autorités européennes et françaises reconnaissent enfin un lien potentiel entre ce médicament et de graves troubles psychiatriques.
- L’Agence européenne des médicaments (EMA) a officiellement reconnu en mai 2025 que le finastéride peut provoquer des pensées suicidaires.
- Des analyses rétrospectives suggèrent que le nombre réel de suicides liés au finastéride pourrait être bien plus élevé que les chiffres officiels, potentiellement entre 6 440 et 12 880 décès sur une période donnée.
- La France a rejeté les recommandations de l’EMA, estimant que les risques justifient des mesures plus strictes en raison de l’apparition de nouveaux cas de troubles psychiatriques graves.
Le finastéride, commercialisé sous les noms de Propecia pour la calvitie et de Proscar pour les problèmes de prostate, est un traitement largement prescrit. Pourtant, des recherches menées par le professeur Mayer Brezis de l’Université hébraïque de Jérusalem révèlent un bilan caché, longtemps ignoré par les laboratoires pharmaceutiques et les autorités de régulation.
Le professeur Brezis a analysé des données accumulées pendant des années, publiant ses conclusions dans le Journal of Clinical Psychiatry en octobre 2025. Ses travaux mettent en évidence un lien troublant entre l’utilisation du finastéride et une augmentation significative des troubles de l’humeur, voire des idées suicidaires.
En 2011, seuls 18 suicides étaient officiellement liés au finastéride. Cependant, les modèles statistiques utilisés par le professeur Brezis suggèrent que le nombre réel de décès aurait pu se situer entre 6 440 et 12 880 sur la même période. Cet écart considérable souligne un problème de sous-déclaration et de manque de reconnaissance du lien entre le médicament et les conséquences psychiatriques.
Les dossiers internes de la Food and Drug Administration (FDA) américaine, datant de 2010, contenaient déjà des sections classifiées « confidentielles » qui estimaient le nombre de patients potentiellement concernés. Bien que la FDA ait reconnu la dépression comme un effet secondaire possible en 2011, il a fallu attendre 2022 pour que les pensées suicidaires figurent sur l’étiquette du médicament, et 2025 pour que l’Europe suive avec des réglementations plus strictes.
Des études récentes confirment cette tendance inquiétante. Une analyse des rapports d’événements indésirables entre 2006 et 2023 a révélé une augmentation significative des cas de pensées suicidaires chez les hommes prenant du finastéride :
- 2013-2018 : Les hommes prenant 1 mg de finastéride présentaient un risque 3,63 fois plus élevé de pensées suicidaires.
- 2019-2023 : Ce risque est passé à 9,90 fois plus élevé que celui des non-utilisateurs.
- Des augmentations similaires, mais légèrement inférieures, ont été observées avec la dose de 5 mg.
Le finastéride agit en bloquant l’enzyme 5α-réductase, qui convertit la testostérone en dihydrotestostérone (DHT), l’hormone responsable de la calvitie masculine. Cependant, cette même enzyme joue un rôle crucial dans la production de neurostéroïdes, des substances chimiques cérébrales qui régulent l’humeur, la mémoire et les réponses émotionnelles. En interférant avec la production de neurostéroïdes, le finastéride peut provoquer des changements cérébraux durables, notamment une inflammation des centres de mémoire et d’émotion, et des modifications anormales des modèles de génération de cellules cérébrales.
Certains hommes ne se remettent jamais de ces effets, même après avoir arrêté le traitement. Cet ensemble persistant de symptômes a été reconnu en 2012 sous le nom de syndrome post-finastéride. La Fondation du syndrome post-finastéride a documenté des milliers de cas dans le monde, signalant des dysfonctionnements sexuels, une dépression sévère, des troubles cognitifs et des idées suicidaires persistantes.
En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a constaté que, malgré l’adoption de mesures de sécurité renforcées il y a trois ans, de graves troubles psychiatriques continuent d’apparaître. L’ANSM a identifié deux suicides supplémentaires après la décision de l’EMA, et estime que les risques justifient une action plus forte que celle recommandée par les autorités européennes.
Les hommes australiens envisageant un traitement au finastéride doivent être pleinement informés de ces risques. Un dépistage de santé mentale avant de commencer le traitement et une surveillance régulière pendant l’utilisation peuvent aider à prévenir des tragédies. La crise de santé mentale plus large en Australie, exacerbée par la prévalence des troubles mentaux et des maladies dentaires, souligne la nécessité d’une approche prudente et informée en matière de prescriptions pharmaceutiques.
La perte de cheveux peut affecter l’estime de soi, mais elle ne met pas la vie en danger. La dépression et le suicide, en revanche, oui.
Dernière modification : 16 novembre 2025
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