Publié le 2025-12-20 22:37:00. L’essor rapide des mégaconstellations de satellites, à l’instar de Starlink, menace de compromettre les observations astronomiques, non seulement depuis la Terre, mais aussi depuis l’espace. Une nouvelle étude révèle que le déplacement des télescopes dans l’espace ne constitue pas une solution viable face à cette pollution lumineuse croissante.
- Une étude récente démontre que même les télescopes en orbite basse (LEO) seront significativement affectés par les traces laissées par les satellites.
- Le nombre de satellites en orbite pourrait atteindre près d’un demi-million d’ici 2040, contaminant jusqu’à un tiers des images du télescope Hubble.
- Les nouvelles générations de satellites, plus grandes et plus lumineuses, aggravent le problème, avec un impact potentiel sur les futures missions d’observation du ciel.
Lorsqu’il y a quelques années, la question de l’impact des mégaconstellations de satellites sur l’astronomie a émergé, certains, dont Elon Musk, ont suggéré de déplacer les télescopes dans l’espace. Pourtant, une nouvelle étude publiée dans la revue Nature, menée par Alejandro Borlaff, Pamela Marcum et Steve Howell, remet en question cette solution. Les chercheurs soulignent qu’un télescope spatial est considérablement plus coûteux qu’un télescope terrestre, et que même en orbite, il ne serait pas à l’abri des interférences.
Le problème, bien que pas encore critique, s’aggrave rapidement. Au-delà de Starlink, plusieurs autres projets de mégaconstellations sont en cours de déploiement, tels qu’Amazon Leo (anciennement Kuiper), ainsi que les initiatives chinoises SatNet et SpaceSail. On estime que les près de 9 400 satellites Starlink actuellement en orbite ne représentent que 3 % du nombre total prévu d’ici dix ans. Vers 2040, ce chiffre pourrait atteindre un demi-million de satellites en orbite basse (!). Avec une telle densité d’objets dans l’espace, jusqu’à un tiers des images capturées par le télescope Hubble pourraient être affectées par les traînées lumineuses des satellites. Des analyses rétrospectives montrent que même entre 2018 et 2021, alors que le nombre de satellites était encore limité, 4,3 % des images de Hubble étaient déjà contaminées.
L’impact ne se limite pas à Hubble. Les futures missions dédiées à l’étude du ciel entier, comme l’observatoire infrarouge SPHEREx de la NASA, le télescope spatial chinois Xuntien ou le satellite européen ARRAKIHS – auquel l’Espagne participe activement – pourraient voir jusqu’à 96 % de leurs observations compromises par les traces lumineuses des satellites. Les nouveaux Starlink v2 Mini, plus grands (126 mètres carrés contre 26 pour les versions précédentes) et notamment ceux de la série DTC (Direct to Cell), sont particulièrement problématiques en raison de leur luminosité accrue (magnitude visuelle de 0 à 1 contre 4 à 6 pour les modèles antérieurs).
Les auteurs de l’étude calculent qu’avec 560 000 satellites en orbite basse, les images de Hubble comporteraient en moyenne 2,14 traces de satellites, SPHEREx 5,64, ARRAKIHS environ 69 et Xuntien, 92. La solution idéale serait de placer les télescopes astronomiques au-delà de l’orbite basse, par exemple au point de Lagrange ESML2, où se trouvent déjà des observatoires comme le télescope spatial James Webb (JWST) ou Euclide. Cependant, une telle relocalisation pose des défis considérables en termes de communication et de coût, nécessitant des fusées plus puissantes.
Un cadre réglementaire international s’avère indispensable, comme le soulignent les auteurs, mais sa mise en place est pour l’instant incertaine. Réduire l’altitude orbitale des satellites pourrait atténuer le problème, bien que certains opérateurs, comme Starlink, le fassent davantage pour réduire la latence des communications que par souci astronomique. Cette réduction d’altitude présente également des inconvénients, tels que la contamination de la haute atmosphère par des oxydes métalliques, potentiellement dommageables pour la couche d’ozone, et le risque de collision avec des avions ou des zones habitées.
Enfin, il est important de noter que la nouvelle génération de télescopes terrestres, notamment l’observatoire Vera C. Rubin, est également concernée par les mégaconstellations. Cependant, les responsables de l’observatoire affirment actuellement qu’ils ne rencontrent pas de difficultés avec Starlink. Une position qui pourrait être remise en question si la situation devait évoluer, et qui soulève la question de savoir si d’autres observatoires ont choisi de ne pas exprimer leurs préoccupations par crainte de représailles.
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