Publié le 17 novembre 2023 10h30. Alors qu’Israël célèbre le retour de ses otages, les prisonniers palestiniens libérés dans le cadre du cessez-le-feu sont confrontés à un silence forcé, marqués par la torture et la menace de représailles.
- Lundi dernier, 20 otages israéliens ont été libérés en échange de près de 2 000 prisonniers palestiniens.
- Les prisonniers palestiniens libérés témoignent de tortures subies avant leur libération et craignent pour leur sécurité et celle de leurs familles.
- L’organisation Société des prisonniers palestiniens dénonce des menaces d’arrestation et de bombardements si les prisonniers reçoivent des visites.
BETHLEEM (Dagbladet) – La libération de 20 otages israéliens et de près de 2 000 prisonniers palestiniens, lundi dernier, dans le cadre du cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens, est marquée par un contraste saisissant. Si les otages sont accueillis en héros en Israël, les Palestiniens libérés vivent dans la crainte, menacés de silence et de nouvelles représailles.
Selon Abdullah Al Zeghari, responsable de la Société des prisonniers palestiniens (PPS), les prisonniers ont été torturés et privés de nourriture durant les quatre jours précédant leur libération. Ils ont également reçu des avertissements glaçants : toute visite de leur famille ou de journalistes entraînerait soit le bombardement de leur domicile, soit un nouvel arrestation.

Les témoignages recueillis sont glaçants. Mohammed al-Asaliya, 22 ans, a raconté au Guardian avoir perdu plus de 30 kilos (passant de 75 à 42 kg) durant sa détention. Il décrit des séances de torture incluant une musique assourdissante diffusée en continu pendant deux jours, des suspensions et des jets d’eau glacée, ainsi que l’utilisation de poudre de chili sur les prisonniers.

Abdullah Al Zeghari déplore que les prisonniers libérés soient soumis à un contrôle strict et ne puissent pas célébrer leur liberté avec leurs familles. Il souligne que la situation est particulièrement préoccupante pour les prisonniers libérés à Gaza, où Israël n’a aucun contrôle direct sur leur sort.
Selon Al Zeghari, la situation des prisonniers palestiniens s’est considérablement détériorée au cours des deux dernières années, avec un isolement total du monde extérieur, des refus de visites et des tortures systématiques. Il ajoute que plusieurs maisons de prisonniers libérés ont été attaquées par l’armée israélienne.

L’organisation PPS a publié un rapport dénonçant des « crimes de guerre et une torture systématique » infligée aux prisonniers palestiniens. Des organisations israéliennes comme B’Tselem ont également constaté une augmentation significative de la torture depuis le 7 octobre 2023, qualifiant les prisons israéliennes de « réseau de chambres de torture ». Le gouvernement israélien nie ces accusations.
Selon Al Zeghari, 120 prisonniers palestiniens décédés ont été examinés par des médecins à Gaza, révélant des exécutions sommaires, des corps mutilés et des signes de torture sexuelle. Il affirme également qu’Israël ne rendra pas les corps de 86 prisonniers décédés en détention, dont 75 depuis le 7 octobre 2023.
« Israël commet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, et la communauté internationale doit faire davantage pour faire pression sur Israël. Ce que subissent nos prisonniers palestiniens est une cruauté inacceptable qui doit cesser. »
Abdullah Al Zeghari, responsable de la Société des prisonniers palestiniens
La politicienne israélienne Aida Touma-Suleiman dénonce également le traitement réservé aux prisonniers palestiniens, tant en captivité qu’en liberté, qualifiant la situation d’« apartheid ». Elle souligne que plusieurs prisonniers libérés ont été informés en prison de la mort de leurs proches, un acte qu’elle juge « déchirant et totalement inacceptable ».

Al Zeghari et Touma Suleiman appellent à la fin du « génocide à Gaza » et à la libération des plus de 10 000 prisonniers palestiniens supplémentaires toujours détenus par Israël, dont 52 femmes et 400 enfants, souvent sans accusation ni procès.
Pour aller plus loin
