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Meta et Tiktok : la traite des êtres humains dans l’industrie de l’IA ? -Nouvelles

Publié le 6 novembre 2025 à 20h19. L’essor de l’intelligence artificielle repose en grande partie sur le travail discret et souvent précaire d’équipes situées dans des pays à faible revenu, exposées à des conditions de travail difficiles et…

Meta et Tiktok : la traite des êtres humains dans l’industrie de l’IA ? -Nouvelles

Publié le 6 novembre 2025 à 20h19. L’essor de l’intelligence artificielle repose en grande partie sur le travail discret et souvent précaire d’équipes situées dans des pays à faible revenu, exposées à des conditions de travail difficiles et à des contenus traumatisants.

  • Le Kenya est devenu un centre majeur pour les tâches de formation de l’IA, sous-traitées par des géants technologiques comme Meta, ChatGPT et TikTok.
  • Ces travailleurs sont confrontés à des contenus choquants (pornographie, violence, etc.) qui peuvent avoir des conséquences graves sur leur santé mentale et leur vie personnelle.
  • Des avocats dénoncent un modèle d’exploitation qui frôle la traite des êtres humains et le travail forcé.

Derrière les promesses d’une intelligence artificielle révolutionnaire se cache une réalité souvent ignorée : celle d’une main-d’œuvre invisible, travaillant dans des conditions précaires pour alimenter les algorithmes. Des témoignages poignants, recueillis par la radio-télévision suisse (RTS), révèlent les pressions et les traumatismes subis par ces travailleurs, principalement basés dans des pays en développement.

Michael Geoffrey, un formateur en IA kényan, exprime son désarroi :

« Je traite vos données, les entreprises gagnent des millions. Pourquoi ne peuvent-elles pas garantir que je puisse vivre une vie décente ? Doivent-elles me sacrifier pour leur croissance ? »

Michael Geoffrey, formateur en IA

Son histoire, partagée avec la RTS, illustre le quotidien de nombreux employés chargés de préparer les données qui alimentent l’IA.

Le Kenya est devenu un hub important pour ces tâches, souvent externalisées par les grandes entreprises technologiques. Meta, ChatGPT et TikTok y sous-traitent une part significative du travail nécessaire au fonctionnement de l’IA générative. Cela inclut des opérations cruciales comme l’identification d’objets dans des images (voitures, arbres, piétons) pour permettre aux systèmes de reconnaissance visuelle de fonctionner correctement.

L’intervention humaine reste « essentielle » à plusieurs niveaux, explique le professeur Robert West, de l’Université de Lausanne, après une année de recherche chez Microsoft.

« Sans intervention humaine, ce serait une catastrophe. Il y a beaucoup de contenus sur Internet que ChatGPT n’est pas censé diffuser : extrémisme, théories du complot, etc. Il faut donc apprivoiser le modèle, pour ainsi dire. »

Professeur Robert West, Université de Lausanne

L’IA a besoin d’être guidée pour éviter de propager des informations erronées ou dangereuses.

Mais le coût humain de cette « domestication » de l’IA est élevé. De nombreux formateurs sont confrontés à des contenus extrêmement perturbants. Michael Geoffrey a ainsi passé des mois à filtrer du matériel pornographique, ce qui a fini par détruire son mariage.

« Nous nous sommes finalement séparés »,

Michael Geoffrey, formateur en IA

confie-t-il à la RTS.

Les modérateurs de contenu sur des plateformes comme TikTok sont également exposés à des images et des vidéos choquantes. Bien que 85 % des contenus inappropriés soient filtrés par l’IA, l’œil humain reste indispensable. Ethan (pseudonyme), un employé d’un sous-traitant de TikTok à Nairobi, témoigne :

« Il y a de tout : des suicides, des tortures, des gens brûlés vifs, de la pédopornographie… Les gens ne voient généralement que ce qui est bon. Mais ils ne savent pas qu’il y a des gens comme moi qui filtrent les mauvais contenus au détriment de leur santé mentale. »

Ethan, modérateur de contenu (pseudonyme)

Cette situation soulève des questions éthiques et juridiques. Mercy Mutemi, avocate, dénonce un « modèle d’exploitation » qui s’appuie sur la vulnérabilité des travailleurs kényans.

« Au Kenya, le secteur de l’IA – au niveau de l’annotation des données, de la modération des contenus et de la formation des algorithmes – repose sur un modèle d’exploitation qui implique deux choses : la traite des êtres humains ou le travail forcé. »

Mercy Mutemi, avocate

Elle a engagé plusieurs procédures judiciaires contre Meta, mais les entreprises concernées (Meta, TikTok, OpenAI et Tesla) n’ont pas répondu aux demandes de la RTS.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.