Trente ans après la mort du rappeur Tupac Shakur, l’ancien membre des South Side Compton Crips Duane « Keffe D » Davis a été reconnu coupable à Las Vegas d’avoir orchestré son meurtre lors d’une fusillade en voiture en septembre 1996, marquant la première condamnation dans cette affaire historique.
Un verdict historique devant le tribunal de Las Vegas
La juge Kierny avait renvoyé les douze jurés en début de semaine pour entamer leurs délibérations. L’ancien dirigeant des South Side Compton Crips risque désormais une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Pendant l’audience, la famille de l’artiste a exprimé sa vive émotion, certains proches se tenant la main et pleurant à l’annonce de la décision.
Le rôle central des mémoires de l’accusé et des aveux passés
L’enquête, longtemps au point mort faute de preuves tangibles, a connu un rebondissement décisif grâce à la publication en 2019 de l’autobiographie de l’accusé. Dans cet ouvrage, il racontait s’être trouvé à l’avant de la Cadillac blanche d’où les tirs mortels ont été déclenchés, tout en affirmant avoir simplement passé une arme à l’arrière sans jamais désigner le tireur direct. Ces déclarations écrites, combinées à une interview accordée à la police en 2008 où il reconnaissait sa présence dans le véhicule, ont fourni à l’accusation les éléments nécessaires pour procéder à son arrestation en septembre 2023.

Duane Davis a affirmé en mars 2025 lors d’une interview avec ABC News qu’il était innocent et n’avait jamais tué anyone, que l’accusation n’avait aucune preuve contre lui, et qu’elle ne parvenait même pas à le placer à Las Vegas au moment des faits.
Malgré ces écrits, la défense a tenté d’écarter le livre et l’entretien de 2008 des débats, affirmant que les mémoires avaient été romancés par son coauteur à des fins commerciales. L’accusé est revenu sur ses aveux, affirmant se trouver à Los Angeles au moment des faits et n’avoir jamais lu son propre livre. Ses arguments ont toutefois été rejetés par la justice.
Les tensions entre labels et la rivalité Est-Ouest
Le dossier judiciaire a replongé le tribunal dans les guerres d’ego qui opposaient les scènes musicales des côtes américaine au cours des années 1990. D’après les éléments développés par la poursuite, le procès a mis en lumière l’affrontement entre Death Row Records, fondé par Marion « Suge » Knight, et Bad Boy Records, créé sur la Côte Est par Sean « P. Diddy » Combs. Le drame s’était noué après un combat de Mike Tyson au casino MGM Grand, lorsque le rappeur et son entourage s’en étaient pris physiquement au neveu de l’accusé, Orlando « Baby Lane » Anderson, pour une histoire de médaillon arraché.

L’enquête a ainsi établi que le meurtre relevait d’une vengeance organisée par le chef de gang, fournissant l’arme à son neveu. Ce dernier est décédé en 2008 dans une fusillade sans lien avec cette affaire, après avoir nié toute implication. Alors que Tupac Shakur avait vendu plus de 75 millions de disques et incarnait la voix la plus influente du rap, la procédure pénale s’achève sur une condamnation historique, tandis que d’autres actions civiles menées par sa famille continuent de souligner que des zones d’ombre subsistent autour des responsabilités non jugées dans ce dossier.
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