Publié le 26 novembre 2025 à 16h33. Malgré l’engouement pour l’intelligence artificielle, certains investisseurs de renom prennent leurs distances avec le secteur, voire parient contre sa croissance future, soulevant des questions sur la pérennité de la frénésie actuelle.
- Michael Burry, célèbre investisseur rendu célèbre par le film The Big Short, a pris des positions baissières à hauteur de plus d’un milliard de dollars contre Nvidia et Palantir.
- Peter Thiel a liquidé l’intégralité de ses parts dans Nvidia, tandis que SoftBank a cédé sa participation de 5,8 milliards de dollars pour investir dans OpenAI.
- Des fonds quantitatifs comme Bridgewater et Tiger Global réduisent également leur exposition aux valeurs technologiques, et l’intérêt pour les ventes à découvert sur le marché de l’IA est en hausse.
Alors que l’intelligence artificielle continue de faire des vagues, avec des prévisions de croissance importantes pour 2025 et la récente capitalisation boursière de Nvidia dépassant les 5 000 milliards de dollars, un mouvement de prudence, voire de scepticisme, se manifeste parmi certains acteurs financiers influents. Ces investisseurs, connus pour leur perspicacité, semblent remettre en question la durabilité de l’euphorie actuelle.
Michael Burry, rendu célèbre pour avoir prédit la crise immobilière de 2008, a pris des options baissières sur Nvidia et Palantir pour un montant supérieur à un milliard de dollars. Peter Thiel, cofondateur de PayPal et Palantir, a quant à lui vendu l’intégralité de ses actions Nvidia. SoftBank a également pris le chemin de la sortie, cédant sa participation de 5,8 milliards de dollars dans le géant des semi-conducteurs pour réinvestir dans OpenAI, le créateur de ChatGPT. Cette transaction témoigne d’un changement stratégique majeur.
Cette tendance ne se limite pas aux investisseurs individuels. Des fonds quantitatifs de premier plan, tels que Bridgewater, Tiger Global et d’autres, réduisent leurs positions dans les grandes entreprises technologiques. Les données sur les flux de capitaux révèlent également une augmentation de l’intérêt pour les ventes à découvert sur le marché de l’IA, signalant une anticipation de baisses potentielles.
Selon Andrew Sobko, fondateur d’Argentum, un marché décentralisé pour les unités de traitement graphique (GPU), l’endettement massif des entreprises technologiques pour financer les infrastructures d’IA est un signal d’alarme.
« Le fait que les plus grandes entreprises technologiques d’aujourd’hui s’endettent à grande échelle pour financer les infrastructures d’IA est un signal clair : nous sommes au milieu de l’un des plus grands développements informatiques de l’histoire. Mais avec des milliards de dollars empruntés, les investisseurs ont le droit de se demander : que se passera-t-il si la courbe de demande s’arrête ou si les rendements attendus ne se matérialisent pas ? »
Andrew Sobko, fondateur d’Argentum
Les inquiétudes des investisseurs portent sur la phase actuelle de développement de l’IA, qui se concentre principalement sur la construction d’infrastructures. Si des entreprises comme Nvidia connaissent une croissance spectaculaire, les investisseurs s’interrogent sur la capacité du marché à soutenir ces valorisations à long terme. Les dépenses en capital des entreprises exploitant des centres de données à grande échelle devraient augmenter de 30 % en 2026, atteignant 500 milliards de dollars (contre une croissance prévue de 10 % début 2025), selon Pei-ju Lee, directrice adjointe de la recherche chez Bradley, Foster & Sargent. Les marchés s’inquiètent de plus en plus de ces dépenses agressives, d’autant plus que les entreprises technologiques ont commencé à recourir à l’emprunt pour financer leurs investissements.
Les investisseurs avertis soulignent également l’importance de distinguer les entreprises réellement innovantes de celles qui ne sont que du “bruit” et de la “slop de l’IA”, c’est-à-dire des entreprises et des produits qui apportent peu de valeur réelle. Shahrzad Rafati, fondatrice et PDG de RHEI, met en évidence l’inefficacité du capital sur le marché de l’IA, avec trop de financement alloué à des améliorations marginales des modèles plutôt qu’à des innovations disruptives.
« Trop de financement vise à obtenir des gains supplémentaires dans la formation des modèles, créant ainsi une “slop de l’IA” qui offre une différenciation limitée. Les investisseurs avertis ont raison de s’inquiéter de la divergence entre les valorisations exorbitantes et les entreprises qui démontrent réellement une véritable technologie, résolvant de vrais problèmes, pour de vrais clients. »
Shahrzad Rafati, fondatrice et PDG de RHEI
Les experts du marché rappellent que les tendances technologiques révolutionnaires du passé ont toujours connu des phases de correction, comme lors de la bulle internet. Ils conseillent aux investisseurs de se concentrer sur leurs objectifs à long terme, de diversifier leurs portefeuilles et d’ignorer le bruit médiatique. Alex Michalka, responsable des investissements chez Wealthfront, souligne que tenter de prédire l’avenir de la technologie est une forme de spéculation risquée.
« Le débat sur la question de savoir si l’IA est un ‘boom’ ou une ‘bulle’ est intéressant, mais en réalité, c’est une distraction pour les investisseurs quotidiens concentrés sur la richesse à long terme. Personne ne peut connaître la réponse avec certitude, et tenter d’ajuster votre stratégie sur la base d’une supposition est une forme de timing de marché, ce qui, historiquement, n’est pas une approche judicieuse. »
Alex Michalka, responsable des investissements chez Wealthfront
Au-delà des chatbots génératifs, la robotique et l’IA physique devraient constituer la prochaine étape de l’évolution, apportant une transformation concrète à l’économie et aux marchés. Les investisseurs les plus prudents se concentrent sur les entreprises qui développent une véritable technologie et qui répondent à des besoins réels.
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