Home Santé“Microbiote et santé mentale” : “Ce qui se passe dans votre intestin a une conséquence sur tout votre corps”

“Microbiote et santé mentale” : “Ce qui se passe dans votre intestin a une conséquence sur tout votre corps”

by Sophie Martin

Publié le 2024-02-29 14:35:00. La science explore de plus en plus le lien étroit entre notre flore intestinale, notre bien-être psychologique et même le développement de maladies neurodégénératives. Un nouveau livre décrypte les avancées de la recherche et met en garde contre les simplifications excessives.

  • Le microbiote intestinal influence directement la production de neurotransmetteurs essentiels, comme la sérotonine.
  • Des études ont démontré un lien entre la composition du microbiote et des troubles tels que la dépression, le stress et la maladie d’Alzheimer.
  • L’alimentation, en particulier le régime méditerranéen, joue un rôle crucial dans la modulation de la flore intestinale.

Ces dernières années, l’étude du microbiote intestinal – l’ensemble des micro-organismes qui peuplent notre tube digestif – a révolutionné notre compréhension de la santé humaine. Au-delà de son rôle dans la digestion et le système immunitaire, il apparaît désormais que ce véritable « deuxième cerveau » est intimement lié à notre santé mentale. Le professeur Ignacio López-Goñi, microbiologiste et directeur du Musée des Sciences de l’Université de Navarre, explore ces liens complexes dans son nouvel ouvrage, « Microbiote et santé mentale ».

L’intérêt du chercheur pour ce sujet est né d’une question fondamentale : comment les bactéries intestinales pourraient-elles influencer des maladies aussi complexes que la dépression ou la maladie d’Alzheimer ? « Je suis très intéressé à comprendre comment les bactéries de l’intestin peuvent finir par affecter des maladies aussi complexes. L’objectif du livre est de présenter les avancées scientifiques au public dans un langage accessible », explique-t-il à Influence.

Cependant, le professeur López-Goñi met en garde contre les interprétations hâtives et les promesses exagérées qui circulent sur le sujet. Si l’on a parfois l’impression que tout dépend de notre flore intestinale, il rappelle que « nous sommes en réalité à l’Âge de pierre du microbiote, mais avec un avenir passionnant ». Son livre détaille les mécanismes qui relient directement l’intestin et le cerveau, notamment via le nerf vague, une « autoroute bidirectionnelle » permettant une communication constante entre les deux organes.

Les microbes intestinaux peuvent ainsi influencer la production de neurotransmetteurs essentiels. « Plus de 90 % de la sérotonine est produite au niveau intestinal », souligne le microbiologiste, en plus de générer des substances comme le butyrate, qui ont un impact sur l’inflammation et la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique. Pour l’auteur, « ce qui se passe dans votre intestin a une conséquence sur tout votre corps, et sur votre santé mentale ».

« Il nous protège de la colonisation d’autres micro-organismes pathogènes, active nos défenses, stabilise la barrière intestinale et contrôle la réponse inflammatoire »

Ignacio López-Goñi, professeur de microbiologie et directeur du Musée des Sciences de l’Université de Navarre

Dépression et microbiote : un lien étroit

L’ouvrage relate notamment une étude marquante de 2016 dans laquelle la dépression a été « transférée » entre organismes par transfert de microbiote. « Un groupe de souris a vu ses bactéries intestinales remplacées par les bactéries intestinales d’une personne souffrant de dépression, et les souris ont développé des symptômes dépressifs », raconte le professeur López-Goñi, démontrant ainsi l’influence considérable des micro-organismes sur l’humeur.

Une deuxième expérience, menée sur des étudiants pendant la période des examens, a révélé une diminution significative du nombre de bactéries lactiques, soulignant la relation bidirectionnelle entre le microbiote, le stress et l’anxiété. Comme le souligne l’auteur, « la relation entre le microbiote et le stress, l’anxiété ou la dépression est bidirectionnelle ».

Dans son analyse des pathologies, le professeur López-Goñi s’est concentré sur celles qui touchent la santé mentale et les fonctions cérébrales, telles que la dépression, le stress, la migraine, l’épilepsie ou les troubles du spectre autistique. Bien que des altérations du microbiote aient été identifiées dans plus de 300 maladies, il souligne que ces dernières sont liées aux fonctions essentielles exercées par les micro-organismes : protection contre les pathogènes, activation des défenses immunitaires, stabilisation de la barrière intestinale, contrôle de l’inflammation, synthèse de vitamines et de neurotransmetteurs.

Et du microbiote dans la maladie d’Alzheimer ?

Concernant des pathologies comme la maladie de Alzheimer, le professeur López-Goñi insiste sur le fait qu’il n’est pas encore possible d’établir une relation de cause à effet claire : « nous savons qu’il y a une corrélation, mais pas si c’est une cause ou un effet ». Il reste néanmoins convaincu que les progrès dans la connaissance des mécanismes permettront d’améliorer le diagnostic, la qualité de vie et, peut-être un jour, de développer des thérapies basées sur une manipulation ciblée du microbiote.

« L’alimentation est ce qui peut le plus modifier le microbiote »

Ignacio López-Goñi, professeur de microbiologie et directeur du Musée des Sciences de l’Université de Navarre

L’auteur souligne également l’importance des habitudes de vie dans la modulation de cet écosystème interne. Il cite l’exemple de Maria Branyas, la femme la plus âgée du monde, dont le microbiote présente un profil anti-inflammatoire unique : « Il présentait un microbiote rajeuni, anti-inflammatoire. » Bien qu’elle affirme elle-même consommer trois yaourts par jour, le professeur López-Goñi rappelle que la génétique et le mode de vie jouent un rôle conjoint : « la génétique, ce sont les cartes que vous avez, le reste dépend de notre façon de jouer ».

Dans un contexte où prolifèrent les régimes miracles, il prévient que « l’alimentation est ce qui peut le plus modifier le microbiote », mais que tout changement doit être effectué sous la supervision d’un professionnel. Pour la population générale, son conseil est clair : « le meilleur régime pour votre microbiote est le régime méditerranéen », riche en fibres, en polyphénols et en fermentations naturelles, et à l’écart des produits ultra-transformés et toxiques. Il ne faut pas oublier que ce modèle alimentaire est aussi un mode de vie : cuisiner en famille, partager le temps et réduire le stress. Enfin, le professeur López-Goñi espère que le lecteur terminera son livre en comprenant l’interconnexion profonde entre le corps et l’esprit : « si votre microbiote est heureux, vous le serez aussi ». Ou, comme il résume le but de l’œuvre en une seule phrase : « nous sommes à moitié humains, à moitié bactéries, et votre santé mentale dépend aussi de la façon dont vous prenez soin de votre intestin ».

*Le contenu de ConSalud est préparé par des journalistes spécialisés dans le domaine de la santé et approuvé par un comité d’experts de haut niveau. Nous recommandons toutefois au lecteur de consulter un professionnel de la santé pour toute question relative à la santé.

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