Protéger son pouvoir d’achat face à l’inflation est une préoccupation majeure pour les investisseurs, mais la stratégie à adopter est souvent mal comprise. Il existe deux approches principales : tenter de surpasser l’inflation ou chercher à s’en protéger activement, chacune avec ses propres avantages et inconvénients.
Beaucoup d’investisseurs visent simplement un rendement supérieur à l’inflation. L’idée est simple : si l’inflation moyenne est de 3 % et que mon investissement rapporte en moyenne 5 %, je suis gagnant. Cette approche est largement répandue, car l’éducation financière traditionnelle tend à considérer l’inflation comme une donnée fixe plutôt que comme une variable à part entière. Cependant, il s’avère difficile de trouver des classes d’actifs qui surpassent systématiquement l’inflation sur le long terme, notamment en raison d’une corrélation inverse entre l’inflation et la performance de nombreux placements.
Les actions et les obligations sont les exemples les plus courants. Un portefeuille diversifié 60/40 (60 % actions, 40 % obligations) peut effectivement générer un rendement moyen de 5 % sur le long terme, dépassant ainsi l’inflation… tant que celle-ci reste modérée. Mais en cas de forte inflation, non seulement le pouvoir d’achat diminue, mais la valeur nominale des actifs peut également baisser, car les actions et les obligations ont tendance à souffrir lorsque l’inflation augmente.
L’autre stratégie consiste à chercher à « couvrir » l’inflation, c’est-à-dire à obtenir des rendements qui augmentent lorsque l’inflation monte et diminuent lorsqu’elle baisse, tout en maintenant un rendement réel positif. La différence fondamentale entre ces deux approches réside dans la gestion du risque de perte. Les investisseurs sont généralement plus sensibles aux pertes qu’aux gains potentiels, et préfèrent éviter un risque de perte de 25 % de leur pouvoir d’achat, même si cela signifie renoncer à un gain potentiel équivalent.
Cette aversion au risque est un facteur clé. Il est crucial de prendre en compte la probabilité de sous-performer l’inflation – c’est-à-dire de perdre de la valeur en termes réels – sur un horizon donné. Pour évaluer cette probabilité, il est nécessaire d’estimer les rendements attendus des actifs considérés, ainsi que leur volatilité et leur corrélation.
En termes simples, imaginez deux personnes en état d’ébriété marchant côte à côte. La distance qui les sépare à un moment donné dépend de leur degré d’ivresse (volatilité) et de la manière dont ils titubent (corrélation). Si elles se tiennent la main (forte corrélation), elles ne s’éloigneront pas beaucoup l’une de l’autre. Si aucune des deux n’est très ivre (faible volatilité), l’écart restera également limité. En revanche, si les deux sont fortement imprégnés d’alcool et marchent de manière aléatoire, l’écart entre elles sera très variable.
Prenons un exemple concret. Supposons que vous cherchez à déterminer lequel de deux actifs offre la meilleure protection contre l’inflation : un ETF (Exchange Traded Fund) appelé « INFL », ou un fonds mystère, que nous appellerons « EUSIT ». Des données sur les rendements, les volatilités et les corrélations de ces deux actifs, ainsi que de l’indice des prix à la consommation (IPC), sur les trois années se terminant en novembre 2025, révèlent que la volatilité de l’écart entre INFL et l’IPC est de 15,2 %, tandis que celle de l’écart entre EUSIT et l’IPC n’est que de 1,1 %. Le fonds mystère se révèle donc plus stable, tandis que l’ETF INFL est plus volatil et a tendance à fluctuer en sens inverse de l’IPC (corrélation négative).
Si l’on suppose que les trois actifs (INFL, EUSIT et l’IPC) ont les mêmes rendements attendus, volatilités et corrélations, quelle est la probabilité que votre investissement dans INFL ou EUSIT sous-performe l’inflation ? Les calculs montrent qu’avec INFL, vous sous-performerez l’inflation environ un an sur trois (33,5 %), avec une probabilité de 18 % de sous-performance de 10 % ou plus sur une année donnée. Avec EUSIT, la probabilité de sous-performance est beaucoup plus faible, environ une fois tous les 151 ans (0,66 %). Les chances de sous-performer l’inflation de 10 % ou même de 5 % sont pratiquement nulles.
Il est essentiel de souligner que ces résultats sont basés sur des hypothèses spécifiques et ne garantissent pas les performances futures. Cependant, ils illustrent l’importance d’examiner attentivement la volatilité et la corrélation avec l’IPC de tout actif que vous envisagez d’utiliser comme couverture contre l’inflation. Un rendement plus élevé est important, mais moins crucial que la minimisation du risque de perte.
En conclusion, une bonne couverture contre l’inflation doit présenter une corrélation positive avec l’inflation, une faible volatilité et une performance au moins égale à celle de l’inflation sur le long terme. Idéalement, elle devrait également bénéficier d’une « convexité » à une inflation plus élevée, c’est-à-dire que sa performance devrait s’améliorer à mesure que l’inflation augmente. La plupart des investisseurs devraient se contenter de ces trois caractéristiques, mais il est désormais possible d’évaluer si un actif offre réellement une protection contre l’inflation ou s’il s’agit simplement d’un pari sur une performance favorable.
