L’année 2025 a vu Hollywood se saisir d’un nouveau stéréotype : celui du magnat de la technologie arrogant et déconnecté, reflet d’une culture numérique saturée et d’une fascination ambivalente pour l’intelligence artificielle. Des blockbusters aux comédies parodiques, ces figures, souvent incarnées par des hommes d’affaires aux ambitions démesurées, sont devenues les antagonistes privilégiés du grand écran.
Dans le film The Electric State de Netflix, Stanley Tucci incarnait Ethan Skate, le créateur de la technologie « neurocaster » qui avait mis fin à une révolte de l’IA avant de transformer la population en accros à la réalité virtuelle. Malgré le talent de l’acteur, même son interprétation ne pouvait sauver des dialogues existentialistes peu inspirés, comme cette phrase : « Notre monde est un pneu en feu flottant sur un océan de pisse. »
Le film Superman a également mis en scène un personnage similaire, Lex Luthor, interprété par Nicholas Hoult. Ce dernier, obsédé par l’idée de surpasser un super-héros venu d’ailleurs, dépensait des fortunes pour manipuler les réseaux sociaux, déployant une armée de cyborgs simiens pour diffuser des hashtags et des mèmes anti-Superman. Le film lui-même a suscité une controverse artificielle autour de questions de « diversité », ajoutant une couche d’ironie à cette production grand public.
La comédie d’action M3gan 2.0 a offert une version plus satirique de ce profil, avec Jemaine Clement dans le rôle d’Alton Appleton, un milliardaire confiant qui cherchait à imposer un implant neuronal à la population. Son humiliation finale, avec sa technologie Altwave piratée et ses abdominaux prothétiques qui se détachaient, offrait un moment de catharsis inattendu.
Dans le reboot de The Naked Gun, Danny Huston campait Richard Cane, un personnage hybride entre Jeff Bezos et Elon Musk, dont le plan consistait à ramener l’humanité à un état primitif grâce à un appareil de « durcissement primordial ». Obsédé par la baisse de la fertilité masculine, il construisait des bunkers de luxe pour les super-riches et les Black Eyed Peas. Un personnage, selon les mots du film, « véritablement psychotique ».
Kevin Bacon, dans le reboot de The Toxic Avenger, incarnait Bob Garbinger, un gourou du « style de vie sain » qui se vantait de ses « boosters bio-actifs de pointe » tout en exhibant un corps parfait. Son personnage parodiait les biohackers à la recherche de l’immortalité, comme Bryan Johnson.
L’acteur Evan Peters, connu pour son rôle dans la série Monster: The Jeffrey Dahmer Story (2022), a été choisi pour incarner Julian Dillinger dans Tron: Ares. Son personnage, un héritier issu du milieu de la technologie, était plus névrosé que psychotique, un jeune entrepreneur aux tatouages de circuits imprimés qui concevait des machines de guerre néon en 3D, mais qui implosaient au bout de 30 minutes. Une métaphore, intentionnelle ou non, de l’engouement excessif pour l’IA.
La satire de Jesse Armstrong, Mountainhead, a poussé le concept à l’extrême en faisant de tous les personnages des incarnations du mantra « avancer vite et casser des choses ». Isolés dans un chalet de ski luxueux, ils contemplaient la menace d’un possible Armageddon. Cory Michael Smith, dans le rôle du propriétaire d’une application de réseaux sociaux diffusant de fausses informations alimentées par l’IA, incarnait l’arrogance et le cynisme d’un individu plus riche que Dieu.
Les échanges entre Venis (Smith), Randall (Steve Carell), Jeff (Ramy Youssef) et Souper (Jason Schwartzman) offraient un aperçu fascinant des pathologies des « leaders d’opinion » technologiques. Mais, alors que le monde basculait vers le chaos, observer ces personnages tenter d’exploiter la situation était plus déprimant que divertissant, car cela semblait terriblement plausible. L’influence disproportionnée de ces magnats de la technologie dans le monde réel nous oblige à les absorber, et la question se pose de savoir s’il est nécessaire de continuer à le faire également au cinéma.
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