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Navires en position, pétrole bloqué au Golfe d’Oman par le conflit

by Amélie Bernard
La concentration des tankers dans le Golfe

Alors que le conflit avec l’Iran entre dans sa douzième semaine, la position des pétroliers dans le golfe de l’Oman signale une attente tendue. Malgré les espoirs d’une réouverture du détroit d’Ormuz pour 30 à 60 jours, l’incertitude liée aux mines et à la sécurité freine la reprise normale du trafic maritime.

La concentration des tankers dans le Golfe

La concentration des tankers dans le Golfe
Oman Ormuz
L’activité maritime dans la région est actuellement marquée par une paralysie partielle. Selon les derniers rapports de Hellenic Shipping News, le conflit avec l’Iran en est maintenant à sa douzième semaine, et les perspectives d’un accord menant à une normalisation semblent ténues. Bien que le nombre de tankers transitant par le détroit d’Ormuz ait montré une certaine progression, les flux de pétrole et de produits restent minimes par rapport aux niveaux d’avant-guerre. La situation logistique actuelle est la suivante :
  • 157 tankers de grande taille (plus de 25 000 DWT) sont actuellement positionnés à l’intérieur du golfe du Moyen-Orient.
  • Parmi eux, 123 sont chargés et tenteront de sortir rapidement.
  • Plus de 150 navires ballastes (vides) sont positionnés dans le golfe d’Oman, prêts à être affrétés pour charger des cargaisons rapidement.
Cette concentration de navires reflète une prudence extrême des acteurs du marché. Les propriétaires de navires hésitent à s’engager pleinement tant que la sécurité des routes n’est pas garantie.

Les conditions d’un retour à la normale

Pour que le trafic reprenne son rythme de croisière, plusieurs obstacles majeurs doivent être levés. Il ne suffit pas d’un simple cessez-le-feu ; un cadre complet est nécessaire, incluant des garanties de sécurité, le déminage des eaux et un renouvellement des cadres d’assurance maritime.

« Initialement, il est probable qu’il y ait une certaine hésitation résiduelle lors du transit dans le détroit, et seuls les propriétaires de navires à haut risque pourraient s’engager. »

Les conditions d'un retour à la normale
Oman Iran
Gibson, via Hellenic Shipping News
Ces navires risqués pourraient emprunter des routes éprouvées le long des côtes iranienne ou omanaise, surtout si l’emplacement exact des mines potentielles demeure incertain. En cas de résolution, les taux de fret devraient d’abord être élevés et volatils avant de diminuer à mesure que les risques sont confirmés comme étant faibles. Une congestion portuaire est également à prévoir lors de la réorganisation des calendriers de chargement.

Le spectre des contrôles de l’IRGC

Au-delà des mines, la dimension politique de la gestion du détroit inquiète les analystes. Energy News Beat souligne que les efforts du président Trump pour négocier un accord visant à rouvrir le détroit pour une période de 30 à 60 jours se heurtent à des préoccupations majeures concernant le contrôle financier du pétrole iranien. L’objectif est d’empêcher le financement des combattants par procuration. Le risque est de voir l’Iran imposer des structures de contrôle similaires à celles observées au Venezuela. L’établissement par l’IRGC d’une “Autorité du détroit du golfe Persique” et ses revendications territoriales ajoutent une couche de complexité géopolitique.

« Si l’accord est conclu sans la mise en place de contrôles de type vénézuélien, cela signifie simplement que l’IRGC reviendra comme un mauvais rêve ou une ex-femme. »

US-sanctioned oil tanker hit off Oman coast
Energy News Beat
Cette instabilité a des répercussions directes sur la navigation, certains tankers de gaz naturel liquéfié (GNL) étant contraints de désactiver leurs transpondeurs pour naviguer autour du détroit.

Pressions financières et résilience énergétique

Pressions financières et résilience énergétique
Oman Selon
La capacité de réaction des pays de la région varie considérablement selon la robustesse de leurs infrastructures. Selon les données de Hellenic Shipping News, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, grâce à des chaînes d’approvisionnement plus résilientes et des niveaux de stocks élevés, pourraient maintenir des niveaux d’exportation élevés en quelques semaines ou mois. À l’inverse, les opérations du Qatar sont jugées moins résilientes et mettront plus de temps à retrouver une normalité. Cette fragilité énergétique s’inscrit dans un contexte macroéconomique global plus lourd. Les marchés surveillent de près les tensions de liquidité, notamment les inquiétudes exprimées par le PDG de JPMorgan concernant les 5 à 6 billions de dollars de dette d’entreprise à effet de levier qui doivent faire face à des défis de refinancement, un phénomène qui rappelle la crise financière de 2005-2007. Parallèlement, l’industrie cherche des solutions technologiques pour compenser l’instabilité. L’intelligence artificielle pourrait potentiellement débloquer 500 milliards de dollars pour les producteurs de pétrole et de gaz d’ici 2030, un potentiel déjà illustré par ADNOC qui a rapporté 500 millions de dollars de revenus générés par l’IA. L’issue de la crise dans le golfe dépendra donc autant de la capacité des diplomates à sécuriser les routes maritimes que de la capacité des marchés financiers à absorber le choc d’un refinancement massif de la dette mondiale.

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