Publié le 26 décembre 2023 18h16:00. Le retour forcé de Vénézuéliens, autrefois attirés par le rêve américain, illustre les conséquences de la politique migratoire de Donald Trump et la réalité économique difficile qui les attend dans leur pays d’origine.
Pour Mariela Gomez, ce Noël n’a rien eu à voir avec les festivités qu’elle imaginait il y a un an. Comme pour des milliers d’autres Vénézuéliens, l’espoir d’une vie meilleure aux États-Unis s’est effondré avec le retour annoncé de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier.
Mariela Gomez a donc passé les fêtes de fin d’année dans le nord du Venezuela, pour la première fois depuis huit ans. Elle s’est efforcée de créer une atmosphère festive pour son fils, en lui achetant un scooter et en partageant un repas avec sa belle-famille. Cependant, la dure réalité du chômage et de la pauvreté a assombri ces moments de joie.
« Nous avons humblement partagé un dîner, qui n’était pas aussi copieux que nous l’aurions souhaité, mais au moins nous avions un plat sur la table. »
Mariela Gomez
Au lieu du traditionnel plat de Noël, les hallacas (sorte de tamales farcis à la pâte de maïs), la famille s’est contentée d’une lasagne. « Le problème, c’est que préparer des hallacas ici coûte cher et, étant sans emploi, nous ne pouvons pas nous le permettre », explique-t-elle.
Mariela Gomez, ses deux enfants et son partenaire sont rentrés à Maracay le 27 octobre après avoir été appréhendés par la patrouille frontalière américaine alors qu’ils tentaient de traverser la frontière entre le Mexique et le Texas, dans un contexte de durcissement de la politique migratoire sous l’administration Trump. Ils ont ensuite été expulsés vers le Mexique, d’où ils ont entrepris un voyage périlleux pour regagner le Venezuela.
Leur périple a commencé par un trajet en bus à travers l’Amérique centrale. Arrivés au Panama, ils n’ont pas pu se permettre de continuer leur voyage vers la Colombie par bateau. Ils ont donc opté pour une route plus économique, mais beaucoup plus dangereuse, le long du Pacifique, entassés sur des réservoirs d’essence à bord d’un cargo pendant des heures, avant d’être transférés sur une embarcation qui les a conduits vers une zone de jungle en Colombie. Ils y ont passé environ deux semaines, attendant de l’argent pour pouvoir atteindre la frontière vénézuélienne.
Mariela Gomez fait partie des plus de 7,7 millions de Vénézuéliens qui ont quitté leur pays au cours de la dernière décennie, fuyant l’effondrement économique causé par la chute des prix du pétrole, la corruption et la mauvaise gestion. Après avoir vécu en Colombie et au Pérou, elle avait espéré trouver une nouvelle vie aux États-Unis.
Le retour de Donald Trump a brisé les espoirs de nombreuses personnes comme Mariela Gomez. En septembre, plus de 14 000 migrants, majoritairement vénézuéliens, étaient rentrés en Amérique du Sud depuis que l’administration Trump a décidé de restreindre l’immigration, selon les chiffres de la Colombie, du Panama et du Costa Rica. Parallèlement, les expulsions de Vénézuéliens vers leur pays d’origine se sont multipliées cette année, après que le président Nicolás Maduro, sous la pression de la Maison Blanche, a mis fin à sa politique de non-acceptation des personnes expulsées des États-Unis.
Des vols charters, opérés par un sous-traitant du gouvernement américain ou par la compagnie aérienne nationale vénézuélienne, ont régulièrement ramené des migrants à l’aéroport de Caracas. Plus de 13 000 immigrants sont ainsi rentrés au Venezuela cette année.
Ce retour a permis à Mariela Gomez de retrouver sa fille de 20 ans, qu’elle avait laissée derrière elle lors de son exode. Elles ont pu passer les fêtes ensemble, en sachant que ce moment pourrait être bref, car la fille de Mariela prévoit d’émigrer au Brésil le mois prochain.
Mariela Gomez espère pouvoir préparer des hallacas pour le Nouvel An et trouver un emploi. Mais sa principale préoccupation reste la santé de sa famille. « Je demande à Dieu, avant tout, la vie et la santé, pour continuer à profiter de notre famille », confie-t-elle.
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