Publié le 7 décembre 2025 19:41:00. Le Kremlin a exprimé sa satisfaction face à la nouvelle doctrine de sécurité américaine, y voyant une reconnaissance implicite de ses propres préoccupations géopolitiques, tandis que l’Europe s’interroge sur sa place dans une stratégie qui semble privilégier le Pacifique et une approche plus isolationniste.
- La Russie n’est plus considérée comme une « menace directe » par les États-Unis, un changement salué par Moscou.
- La nouvelle doctrine américaine critique la politique migratoire européenne et met en garde contre une possible « extinction civilisationnelle » du continent.
- Des analystes européens craignent que les États-Unis ne considèrent l’Union européenne comme un « obstacle » à un rapprochement avec la Russie.
Le Kremlin a réagi avec une étonnante bienveillance à la nouvelle stratégie de sécurité américaine dévoilée vendredi, une attitude qui contraste fortement avec les décennies de confrontation idéologique et géopolitique. Pour la première fois depuis 1945, Moscou félicite une stratégie de sécurité émanant de son ancien adversaire juré. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a souligné que les changements observés dans la doctrine américaine « correspondent à bien des égards à notre vision ».
Un point particulièrement apprécié par Moscou est la suppression de la Russie de la liste des « menaces directes » pour les États-Unis. La nouvelle stratégie américaine indique explicitement l’objectif de « restaurer la stabilité stratégique » avec la Russie, un signal qui a été interprété favorablement par le Kremlin.
Cependant, la nouvelle doctrine américaine ne se limite pas à une approche plus conciliante envers la Russie. Elle contient également des critiques virulentes à l’égard de l’Europe, notamment sa politique migratoire et ce qui est perçu comme un manque de liberté d’expression. Le document met en garde contre une menace d’« extinction civilisationnelle » pesant sur le continent européen.
Cette critique de l’Europe a suscité des inquiétudes au sein de l’Union européenne. Verena Sophie Maier, analyste, estime que l’administration Trump considère en partie l’Europe comme un « obstacle » à la reconstruction des relations américaines avec la Russie. Plus d’informations sur le sujet.
La nouvelle doctrine américaine marque également un changement d’orientation stratégique, avec un recentrage sur la région du Pacifique et la Chine, considérée comme le principal défi pour les États-Unis. Cela implique un retrait progressif des troupes et des ressources américaines d’Europe, ce qui inquiète les alliés européens.
Norbert Röttgen, homme politique allemand, a déclaré dimanche que les États-Unis n’étaient plus du côté des Européens « pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ». Il accuse les États-Unis de chercher à s’ingérer dans les affaires intérieures des États européens, notamment en soutenant les partis populistes de droite.
« L’objectif est d’influencer notre constitution interne selon les orientations idéologiques actuelles du mouvement MAGA et, à cet effet, de travailler avec les ennemis internes de la démocratie libérale en Europe – en Allemagne, c’est à dire l’AfD. »
Norbert Röttgen, homme politique allemand
Röttgen ajoute que si cette stratégie réussissait, « l’UE n’existerait plus ».
Le Kremlin a également salué la position exprimée par la nouvelle doctrine américaine concernant l’expansion de l’OTAN. La doctrine appelle à mettre fin à « l’idée et la réalisation d’une expansion constante de l’alliance militaire de l’OTAN », une position que Peskov a qualifiée d’« encourageante ». Il a toutefois averti que « l’État profond » aux États-Unis, un terme utilisé par Donald Trump pour désigner un prétendu complot au sein de la fonction publique contre lui, pourrait avoir une opinion différente.
L’évolution de la situation géopolitique est également marquée par le rapprochement entre la Russie et la Chine, en partie en raison des sanctions occidentales imposées à Moscou. Pékin a un intérêt stratégique à ce que la guerre en Ukraine se poursuive, car elle détourne l’attention et les ressources américaines de la région du Pacifique.
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