Home NouvellesNous ne croyons toujours pas aux femmes – Mother Jones

Nous ne croyons toujours pas aux femmes – Mother Jones

by Nicolas Lefèvre

La nouvelle saison de l’émission de téléréalité “La vie secrète des épouses mormones” est secouée par des accusations d’agression sexuelle et une remise en question troublante de la manière dont les allégations de ce type sont perçues, même au sein d’un groupe de femmes censées se soutenir mutuellement.

Au cœur de la controverse, Demi Engemann a affirmé avoir été agressée sexuellement par Marciano Brunette lors d’une visite à Villa Vanderpump, une autre émission de téléréalité. Brunette nie catégoriquement les faits, affirmant qu’il s’agissait d’un baiser consenti. Les producteurs de Villa Vanderpump ont déclaré, après examen des images, que les affirmations d’Engemann étaient « sans fondement ». Brunette a par la suite intenté une action en diffamation contre Engemann, alléguant qu’elle avait menti pour dissimuler une liaison.

L’affaire a suscité une vive réaction, non seulement parmi les participantes de l’émission, mais aussi auprès du public, qui s’est rapidement transformé en une sorte de jury improvisé. Certaines ont exprimé leur doute quant à la véracité des propos d’Engemann, pointant notamment le fait qu’elle ait continué à échanger des messages à connotation sexuelle avec Brunette après l’incident présumé.

Ce traitement des allégations d’Engemann rappelle, selon des observateurs, une tendance inquiétante observée dans les enquêtes policières sur les agressions sexuelles. De nombreuses enquêtes semblent se concentrer davantage sur le comportement de la victime – son état émotionnel, ses éventuelles tentatives de résistance, ses antécédents – que sur la recherche de preuves concrètes. Une journaliste, ayant étudié de nombreux rapports de police, souligne que cette approche conduit souvent à discréditer les victimes et à classer les affaires sans suite.

« Nous nous sentons tous les deux très mal à l’aise à l’idée qu’il s’agisse d’une demi-saison d’émission de téléréalité visant à savoir si un groupe de femmes croit l’affirmation d’une autre femme selon laquelle elle a été agressée sexuellement », ont résumé Claire Fallon et sa co-animatrice dans un podcast.

Par ailleurs, le comportement d’Engemann envers d’autres participantes de l’émission a également été critiqué. Elle a notamment réprimandé Jessi Draper pour avoir eu une relation consensuelle avec Brunette et orchestré une danse embarrassante avec Jen Affleck, qui avait exprimé son inconfort et son manque de consentement.

L’affaire met en lumière la difficulté de signaler une agression sexuelle, en particulier lorsque les preuves sont rares et que la crédibilité de la victime peut être remise en question en fonction de son comportement avant et après l’incident. Dans un témoignage poignant, Engemann a confié que le plus douloureux était de ne pas être crue et de devoir revivre l’expérience encore et encore.

« C’est plus douloureux de ne pas être cru […] ou devoir y revenir encore et encore et ressentir la douleur des choses passées plutôt que de simplement dire ‘Putain ouais, on s’est embrassé’ », a-t-elle déclaré en larmes lors des retrouvailles de la saison.

Pour de nombreuses victimes, il peut être plus facile de nier la vérité et de refouler leurs souvenirs, surtout dans une culture qui a tendance à remettre en question leur parole. La saison 3 de “La vie secrète des épouses mormones” soulève ainsi des questions cruciales sur la perception des agressions sexuelles et la manière dont les victimes sont traitées.

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