Le Chicago Underground Duo, pilier de la scène jazz expérimentale de Chicago, revient avec « Hyperglyphe », un album qui explore les frontières de l’improvisation et de la composition. Après une pause de près de dix ans, Chad Taylor et Rob Mazurek livrent un travail dense et stimulant, où chaos et structure se répondent avec une liberté rare.
Au cœur de ce duo prolifique, qui œuvre depuis environ trente ans, se trouve une approche singulière du jazz fragmentaire. « Les gens doivent être ouverts à tout, aussi absurde qu’une idée soit », explique Rob Mazurek, résumant la philosophie qui guide leurs interactions musicales. « Hyperglyphe » s’enrichit de la contribution de nombreux musiciens de la scène de Chicago, transformant le projet en un véritable laboratoire d’expérimentation.
L’album s’ouvre sur « Click Song », un morceau révélateur de leur méthode. Chad Taylor déploie des motifs polyrythmiques ancrés dans les traditions musicales africaines, tandis que Rob Mazurek y entrelace des lignes de trompette courtes et expressives. Cette juxtaposition de rythmes complexes et de mélodies épurées crée une tension fascinante, à la fois brute et fragile, évoquant l’héritage du trompettiste Don Cherry.
Au fil des morceaux, la densité des informations s’intensifie. « Rhythm Cloth », par exemple, incorpore des synthétiseurs vintage, des échantillons de chants déformés et des chœurs tribaux, donnant naissance à une musique à la fois palpitante et dansante. Cette superposition d’éléments hétéroclites, loin de sombrer dans le chaos, révèle une structure sous-jacente, une organisation qui semble surgir spontanément de l’improvisation.
Rob Mazurek parvient à jongler avec les contrastes, à faire cohabiter des ambiances lounge et des éclats de free jazz. « Contents of Your Heavenly Body » en est un exemple frappant, abordant des thèmes tels que la physique et la beauté, tout en remettant en question l’idée reçue d’un jazz sophistiqué et consensuel. La musique de « Hyperglyphe » est avant tout physique, qu’elle soit jouée avec force ou avec une délicatesse touchante.
L’album propose également des moments plus introspectifs, comme « The Gathering », où Taylor explore les sonorités de sa batterie avec une liberté débridée, avant de laisser place à un dialogue entre un vibraphone et des textures électroniques aériennes. « Hemiunu », plus conventionnel dans sa forme, offre un répit avant que la « Suite égyptienne », constituée de trois mouvements fragmentés, ne clôture l’album sur une note d’improvisation pure.
« Hyperglyphe » se termine paisiblement avec « Succulent Amber », laissant l’impression que chaque élément, aussi sommaire qu’il puisse paraître, est le fruit d’une réflexion compositionnelle et d’une improvisation maîtrisée. L’album, publié par le label indépendant International Anthem, témoigne de la vitalité et de l’audace de la scène jazz de Chicago.
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