Home MondeOleg Makarevich, colonel général russe accusé de crimes de guerre par l’Ukraine, est-il au Venezuela ?

Oleg Makarevich, colonel général russe accusé de crimes de guerre par l’Ukraine, est-il au Venezuela ?

by Clara Dubois

Publié le 27 novembre 2025 à 21h00. Une mission consultative russe, dirigée par un général controversé impliqué dans le conflit ukrainien, est déployée au Venezuela pour former les forces de Nicolas Maduro, suscitant des inquiétudes quant à l’influence de Moscou dans la région.

  • Le colonel-général Oleg Makarevich, ancien commandant des troupes russes dans la région de Kherson en Ukraine, supervise la formation de plus de 120 soldats vénézuéliens dans des domaines clés tels que l’infanterie, les drones et les opérations spéciales.
  • Des documents partagés par le renseignement ukrainien révèlent la présence de militaires russes à Caracas, Maracaibo, La Guaira et sur l’île isolée d’Aves.
  • Cette mission, présentée par Moscou comme une rotation habituelle, intervient alors que des militants dénoncent une ingérence russe croissante dans la souveraineté vénézuélienne.

La présence d’une mission consultative russe au Venezuela, menée par le colonel-général Oleg Makarevich, a été révélée pour la première fois par le chef de la Direction du renseignement de défense (GUR) d’Ukraine, le lieutenant-général Kyrylo Budanov. Cette opération, baptisée « Force opérationnelle Équateur » par le ministère russe de la Défense, vise à renforcer les capacités militaires du gouvernement de Nicolás Maduro.

Selon les informations disponibles, le contingent russe, fort d’un peu plus de 120 soldats, est déployé dans plusieurs zones stratégiques du pays. Environ 90 militaires sont basés à Caracas, tandis que le reste est stationné à Maracaibo, La Guaira et sur l’île d’Aves, un territoire vénézuélien isolé. Outre la formation des troupes vénézuéliennes, la Russie fournirait également des renseignements électromagnétiques au Venezuela.

Le choix du colonel-général Makarevich pour diriger cette mission est particulièrement sensible. Ce général russe est une figure controversée, notamment en raison de son rôle dans l’invasion de l’Ukraine. Il a été démis de ses fonctions de commandant du groupe de troupes du Dnipro en octobre 2023, suite à la contre-offensive ukrainienne réussie à Kherson, un événement qualifié de « défaite énorme » pour la Russie. Il est également accusé par l’Ukraine d’avoir ordonné la destruction du barrage de Nova Kakhovka en juin 2023, un acte ayant provoqué des inondations massives et des dommages considérables à l’environnement et à l’économie.

Des militants vénézuéliens, comme l’avocate Tamara Suju, ont exprimé leur inquiétude face à cette ingérence russe dans les affaires vénézuéliennes. Sur les réseaux sociaux, elle dénonce régulièrement la présence militaire russe et ses implications pour la souveraineté du pays. Voir son tweet à ce sujet.

La journaliste Sebastiana Barráez documente depuis près d’une décennie la présence russe au Venezuela, mettant en évidence son implication dans des activités militaires et de renseignement. Ses publications sur Infobae mettent en garde depuis des années contre la participation militaire russe aux opérations de drones et aux incursions dans les zones frontalières. Le régime vénézuélien n’a pas officiellement commenté la présence de troupes russes dans des activités militaires.

Des incidents antérieurs ont révélé l’utilisation d’uniformes des Forces armées nationales bolivariennes (FANB) par des soldats étrangers. En septembre 2019, la présence d’une centaine de citoyens russes portant l’uniforme vert « Fidelito » a été signalée dans des installations militaires à Caracas et à Fuerte Tiuna. Des témoignages de riverains de la frontière colombienne, notamment dans la région de Táchira en 2019, ont également fait état de la présence d’étrangers, identifiés comme Russes en raison de leur peau claire et rougeâtre.

En août 2019, lors de manœuvres inhabituelles à Rubio, Táchira, l’arrivée de chars et d’environ 80 Russes et Cubains au Fort Kinimarí a été signalée. Ces étrangers installaient des radars et des antennes pour bloquer les télécommunications, et des témoins affirmaient que les Russes portaient des combinaisons de protection spéciales. En octobre 2020, des soldats russes, en uniforme vénézuélien, ont participé à des exercices conjoints dans la Gran Sabana, dans l’État de Bolivar, près de la frontière avec le Brésil.

Une analyse de Deutsche Welle (DW) en espagnol souligne que le rapport des services de renseignement ukrainiens affirme que le colonel général Oleg Makarevich dirige la mission militaire au Venezuela. Le rapport de la DW précise que Makarevich dispense une formation en tactiques avancées, en défense aérienne et en gestion de drones.

Le journaliste Ricardo Marquina, interviewé par DW en Español, a souligné que, bien que l’information provienne d’Ukraine et puisse être considérée comme faisant partie de la stratégie de communication d’un pays en conflit, la coopération militaire et l’envoi de soldats russes en formation sont tout à fait crédibles. Il a décrit Makarevich comme un “produit classique” de l’armée russo-soviétique, puni après la “défaite amère” de l’armée russe dans la région de Kherson avant d’être envoyé au Venezuela.

L’analyste politique Alexandra Sitenco, également interrogée par DW en Español, a estimé que la Russie ne dispose pas de la capacité ni de l’obligation de défendre militairement le Venezuela en cas d’intervention américaine. Elle a toutefois souligné qu’un soutien limité, sous forme de conseils militaires et de transferts d’armes, est possible et crédible. La stratégie russe consisterait à laisser Washington “deviner” ses intentions, en combinant des déclarations politiques et des actions limitées.

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