Home Monde« On ne veut pas de nous », l’arrêt du PEQ sème l’inquiétude

« On ne veut pas de nous », l’arrêt du PEQ sème l’inquiétude

by Clara Dubois

L’espoir de s’établir au Québec s’amenuise pour des centaines d’étudiants et jeunes diplômés étrangers, suite à la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Cette décision gouvernementale a plongé de nombreux futurs résidents dans l’incertitude quant à leur avenir sur le territoire.

« Moi, je suis triste, on ne peut plus se projeter », confie Jade Segni, la voix empreinte d’émotion. Comme elle, de nombreux étudiants et diplômés étrangers s’inquiètent pour leur avenir après l’abandon du PEQ par le gouvernement québécois. Pour beaucoup, le rêve était simple : quitter leur pays d’origine, étudier au Québec, trouver un emploi et y construire une vie.

« On a grandi ici », défend l’étudiante du Cégep de Matane. Son amie, Éloïse Hernando, graduée du Cégep et employée de la Ville, soupire : « C’est toute notre vie. » Les deux jeunes femmes, originaires de France, envisageaient de demander la résidence permanente et de s’installer dans la région avec leurs partenaires. L’arrêt du PEQ a brutalement remis en question leurs projets.

« On paye, on donne notre temps, notre santé, tout. On veut rester ici… mais on ne veut pas de nous », déplore Éloïse Hernando.

Le nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) est désormais la seule voie d’accès à la résidence permanente au Québec. Ce programme fonctionne sur un système de banque de candidatures, permettant à la province de mieux gérer le volume et les profils des personnes sélectionnées. Les diplômes, le niveau de français et l’expérience de travail des résidents temporaires sont évalués selon un barème de 1 200 points. Plus le score est élevé, plus les chances d’être invité à déposer une demande de résidence permanente sont importantes.

Ce changement s’inscrit dans l’objectif du gouvernement québécois de réduire ses seuils d’immigration permanente à 45 000 personnes pour la prochaine période, contre 60 000 cette année.

Selon les priorités du Québec, le PSTQ favorisera notamment les personnes déjà installées en région, maîtrisant le français et possédant un diplôme ou une expérience professionnelle québécoise.

Cependant, ce nouveau système ne fait pas l’unanimité. Vincent Gaze, diplômé du Cégep de Matane et journalier à Duravit, estime que l’obtention de la résidence permanente est devenue une question de chance. « J’ai beaucoup sacrifié pour venir ici […]. J’ai travaillé, j’ai gagné mon diplôme, j’ai mérité ma place, mais pour eux, non », affirme-t-il.

Installé dans l’Est-du-Québec depuis près de huit ans, le jeune homme originaire de La Réunion se résout à quitter le pays dans quelques semaines. « Je suis découragé, c’est énergivore », souffle-t-il, racontant avoir été pris de court par la suspension du PEQ à l’automne dernier, alors qu’il préparait sa demande. Les démarches administratives et l’assistance juridique lui ont déjà coûté près de 4 000 $.

« Je ne suis pas quelqu’un qui déprime forcément, mais, en ce moment, je n’arrive pas beaucoup à dormir, je pense à beaucoup de choses », décrit Vincent Gaze.

Éloïse Hernando partage ce sentiment de charge mentale. « Je suis en colère de toujours tout recommencer, d’être dans la peur constamment », déplore-t-elle.

Par ailleurs, les obstacles à l’immigration permanente ne se limitent pas aux décisions provinciales. Les quotas d’étudiants étrangers et les restrictions concernant les permis de travail postdiplôme ont créé un climat d’incertitude dans de nombreux établissements d’enseignement.

Francis Turcotte, coordinateur du développement international au Cégep de Matane, suit de près les résultats du nouveau PSTQ. « Les dernières décisions du gouvernement n’ont pas été nécessairement toujours favorables pour les cégeps de régions », souligne-t-il. « Mais actuellement, on joue avec la vie d’étudiants, avec des projets d’avenir qui ne se bâtissent pas seulement sur quelques mois, mais des années avant de venir au Québec. »

Une pétition demandant au gouvernement Legault de revenir sur l’arrêt du PEQ en appliquant une clause de droits acquis a recueilli plus de 13 000 signatures depuis le début de la semaine, et des rassemblements sont prévus en début de semaine prochaine.

À retenir

  • Fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
  • Mise en place du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
  • Incertitude et inquiétude chez les étudiants et diplômés étrangers.

Contexte

Le PEQ était un programme spécifique au Québec qui facilitait l’accès à la résidence permanente pour les étudiants étrangers ayant étudié dans la province. Le PSTQ est un système de sélection plus généraliste, basé sur un barème de points.

Ce qui change

Les étudiants et diplômés étrangers doivent désormais passer par le PSTQ pour obtenir la résidence permanente. Les seuils d’immigration du Québec sont également en baisse, passant de 60 000 à 45 000 personnes par an.

Prochaines étapes

Il faudra suivre l’évolution des résultats du PSTQ et les éventuelles actions du gouvernement québécois suite à la pétition et aux rassemblements prévus.

Chiffres clés

  • 1 200 : Nombre de points maximum au barème du PSTQ.
  • 45 000 : Nouveau seuil d’immigration permanente du Québec.
  • 60 000 : Ancien seuil d’immigration permanente du Québec.
  • 13 000+ : Nombre de signatures sur la pétition demandant le rétablissement du PEQ.

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