Home Monde“Opération Puncture” : le lanceur d’alerte de Wada Jagt à Fall China

“Opération Puncture” : le lanceur d’alerte de Wada Jagt à Fall China

by Clara Dubois

L’Agence mondiale antidopage (AMA) est accusée de traquer ses propres sources après la fuite d’informations sensibles concernant des cas de dopage présumés impliquant des nageurs chinois. Une opération interne, baptisée « Opération Puncture », a été lancée dans le but d’identifier les lanceurs d’alerte qui ont divulgué ces données à des médias.

Selon des documents internes de l’AMA consultés par la rédaction antidopage de l’ARD, l’enquête a été approuvée par le président Witold Banka et le directeur général Olivier Niggli. L’objectif principal est de démasquer les personnes ayant transmis des informations sur des suspicions de dopage concernant 23 nageurs chinois, des détails qui étaient confidentiels en Chine et au sein même de l’AMA.

L’AMA n’a pas répondu aux questions de l’ARD concernant l’utilisation de ses ressources financières pour cette opération. Des sources internes à l’organisation indiquent que la commission des athlètes aurait mandaté cette enquête.

Cette initiative intervient après la publication, en avril 2024, d’un documentaire de l’ARD, « Secret Matter Doping: The China Files », et d’un article du New York Times révélant des cas suspects de dopage impliquant des athlètes chinois avant les Jeux olympiques de Tokyo en 2021. L’AMA avait alors été vivement critiquée pour son manque de réaction initiale.

Plusieurs organisations antidopage ont été sollicitées par l’AMA ces derniers mois pour fournir des informations permettant d’identifier les lanceurs d’alerte liés à l’affaire chinoise, malgré les risques potentiels pour leur sécurité. Les enquêteurs de l’AMA, au sein du département « Renseignements et enquêtes », ont officiellement ouvert une enquête sur la divulgation d’informations confidentielles aux médias, classée comme « en cours » lors d’une réunion du comité exécutif en septembre 2025.

« L’Opération Puncture » pourrait avoir des « conséquences dangereuses », selon Minky Worden, directrice des initiatives mondiales à Human Rights Watch : « Toutes les organisations ont l’obligation de protéger les lanceurs d’alerte. Ceci est particulièrement important dans le cas de la Chine, car elle est connue pour réprimer les lanceurs d’alerte. »

L’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU), associée à l’enquête, a confirmé avoir été contactée par l’AMA dans le cadre de cette opération, mais a refusé de partager des informations avec l’AMA après consultation de l’équipe éditoriale de l’ARD.

Transparency International a souligné que cette affaire pourrait décourager d’autres lanceurs d’alerte potentiels. « Deux des principales raisons pour lesquelles les gens ne s’expriment pas sont la peur des représailles et la conviction que leurs préoccupations ne seront pas prises au sérieux ou n’aboutiront pas à des mesures significatives », a déclaré un porte-parole de l’organisation.

Jens Sejer-Andersen, fondateur de l’organisation d’observation de la politique sportive « Play the Game », dénonce une « contradiction évidente » : « D’un côté, l’AMA met en place une plateforme pour soutenir les lanceurs d’alerte, mais de l’autre, elle les poursuit lorsqu’ils remettent en question ses intérêts. »

L’engagement de l’AMA envers les lanceurs d’alerte est également remis en question par le cas du couple de lanceurs d’alerte russes Yulia et Vitaly Stepanov, qui se disent déçus par le manque de soutien de l’organisation.

L’AMA est également confrontée à des pressions financières, notamment avec la suspension de sa contribution annuelle par le gouvernement américain (équivalent à 3,8 millions d’euros) et des discussions similaires en Allemagne.

Des sources internes à l’AMA indiquent que le service d’enquête privilégie actuellement l’identification des lanceurs d’alerte au détriment d’autres enquêtes en cours, notamment une affaire de mauvaise conduite présumée impliquant une association sportive anonyme.

La gestion de l’affaire chinoise par l’AMA a suscité des critiques quant à son manque de cohérence et de transparence, certains l’accusant de céder aux pressions de la Chine.

En 2021, une enquête supervisée par les forces de sécurité chinoises a conclu que les 23 nageurs testés positifs avaient été contaminés par la nourriture d’un hôtel, mais aucune preuve détaillée n’a été fournie pour étayer cette affirmation. L’AMA a accepté ces conclusions sans mener d’enquête indépendante sur place.

Un rapport d’un expert mandaté par l’AMA a également révélé des violations flagrantes des règles de l’organisation, mais la direction de l’AMA s’est déclarée satisfaite des conclusions de cet examen.

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