Publié le 7 octobre 2025 à 06h34. Le Japon célèbre une nouvelle consécration scientifique avec l’attribution du prix Nobel de physiologie ou de médecine à Shimon Sakaguchi, dont les travaux sur la tolérance immunitaire ouvrent de nouvelles perspectives dans la lutte contre les maladies auto-immunes et le développement de traitements contre le cancer.
- Le professeur Shimon Sakaguchi de l’Université d’Osaka est le sixième Japonais à recevoir le prix Nobel de physiologie ou de médecine.
- La récompense distingue la découverte de la « tolérance immunitaire périphérique », un mécanisme essentiel pour empêcher le système immunitaire d’attaquer les cellules saines de l’organisme.
- Le succès scientifique du Japon est attribué à une politique de soutien à la recherche fondamentale et à une culture favorisant l’exploration à long terme.
Avec cette nouvelle distinction, le Japon confirme son statut de puissance scientifique de premier plan. Shimon Sakaguchi partage le prix Nobel avec Mary Branco, chercheuse au Systems Biology Institute de Seattle, et Fred Ramsdell, conseiller chez Sonoma Biotherapeutics aux États-Unis. Les trois scientifiques ont été salués par le comité Nobel du Karolinska Institutet en Suède pour leurs contributions fondamentales à la compréhension du système immunitaire.
La « tolérance immunitaire périphérique », identifiée par le professeur Sakaguchi, est un processus crucial qui empêche le système immunitaire de réagir contre les propres tissus de l’organisme. Cette découverte a permis de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre dans les maladies auto-immunes, telles que le diabète de type 1 et la polyarthrite rhumatoïde, et a ouvert la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Ce prix Nobel s’inscrit dans une longue tradition de succès scientifiques pour le Japon. En 1987, Susumu Tonegawa, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), avait été le premier Japonais à recevoir le prix Nobel de physiologie ou de médecine pour ses travaux sur la diversité des anticorps. Depuis, Shinya Yamanaka (2012) pour ses recherches sur les cellules souches pluripotentes induites (iPS), Satoshi Omura (2015) pour la découverte de l’ivermectine, un médicament antiparasitaire, et Yoshinori Ohsumi (2016) pour ses travaux sur l’autophagie, ont également été honorés de cette prestigieuse récompense. En 2018, Tasuku Honjo a reçu le prix Nobel pour ses recherches sur l’inhibiteur de point de contrôle immunitaire (PD-1), une approche innovante pour traiter le cancer.
Le gouvernement japonais a mis en place des politiques de soutien à la recherche scientifique qui ont contribué à ces succès. Dans les années 2000, le ministère de l’Éducation, de la Culture, des Sports, de la Science et de la Technologie (MEXT) a lancé le « Programme de base de recherche de classe mondiale (WPI) », qui finance des projets de recherche à long terme dans des universités de premier plan telles que l’Université de Tokyo, l’Université de Kyoto et l’Université d’Osaka. Ce programme privilégie la durabilité et l’attraction de chercheurs étrangers. Parallèlement, le Japon continue de soutenir la recherche fondamentale à travers des systèmes de subventions tels que la subvention à la recherche scientifique (KAKENHI) et le programme pionnier de soutien à la recherche et au développement (FIRST).
Les chercheurs japonais bénéficient également d’un environnement de travail favorable à la recherche à long terme. Contrairement à d’autres pays où la pression pour publier rapidement des résultats est forte, les professeurs japonais sont rarement licenciés ou soumis à des pressions excessives, même s’ils ne produisent pas de résultats immédiats. Cette liberté et ce temps accordé à la recherche fondamentale sont considérés comme des atouts majeurs. Les échanges internationaux jouent également un rôle important, de nombreux lauréats japonais ayant bénéficié d’études à l’étranger et de collaborations internationales.
Cependant, le Japon est confronté à des défis pour maintenir sa compétitivité scientifique. Selon le rapport sur les indicateurs scientifiques et technologiques de l’Institut national japonais pour la politique scientifique et technologique (NISTEP), le nombre d’articles scientifiques publiés par le Japon a diminué, passant de la 4e place en 1998-2000 à la 13e place entre 2020 et 2022. La pression financière croissante sur les universités nationales et la précarité des jeunes chercheurs constituent des menaces pour l’écosystème de recherche japonais.
Malgré ces défis, l’attribution du prix Nobel à Shimon Sakaguchi témoigne du potentiel scientifique du Japon. Pour pérenniser ces succès, il est essentiel de renouveler les générations de chercheurs et d’améliorer les conditions de travail. L’avenir de la recherche japonaise dépendra de sa capacité à maintenir une culture axée sur la science fondamentale, même si elle exige du temps et de la patience.
À lire aussi
