Publié le 18 octobre 2025 10h00:00. L’histoire de Commodore, souvent racontée du point de vue des ingénieurs, prend une tournure inattendue avec le témoignage de Petro Tyshchenko, un manager qui dévoile une perspective méconnue sur la chute du géant informatique.
L’histoire de Commodore Business Machines est souvent réduite à des questions techniques et à des erreurs de développement. Pourtant, Petro Tyshchenko, un homme d’affaires allemand d’origine autrichienne, offre une vision radicalement différente. Né en 1943 de parents ukrainiens exilés à Vienne pendant la Première Guerre mondiale, Tyshchenko a passé la majeure partie de sa vie en Allemagne, où son nom est orthographié Tyschtschenko – une version qu’il préfère éviter, la jugeant peu esthétique.
Contrairement aux ingénieurs et aux développeurs, Tyshchenko n’est pas un passionné de technologie. Il se décrit comme un manager classique, concentré sur les aspects commerciaux, la production et la logistique. Cette position lui a permis d’observer l’entreprise sous un angle unique, celui de quelqu’un qui cherchait à préserver la marque, à maintenir une production minimale et à assurer un approvisionnement pour les passionnés d’Amiga, même au bord de la faillite.
Son point de vue a valu à Tyshchenko une certaine ostracisation de la part des anciens employés de Commodore. Il explique que ces derniers le considèrent parfois comme un « vautour » cherchant à profiter des restes de l’entreprise, ou désapprouvent ses liens avec Mehdi Ali, souvent perçu comme le fossoyeur de Commodore. Dave Hynie, créateur de la vidéo emblématique « The Deathbed Vigil and Other Tales of Digital Angst », illustre ce sentiment de désapprobation.
Pour les ingénieurs, la responsabilité de la chute de Commodore incombe principalement à l’investisseur Carl Icahn, qui aurait nommé Mehdi Ali à la tête de l’entreprise dans le but de maximiser les profits. Ali aurait alors mis en œuvre une politique de réduction des coûts et de limitation des investissements en recherche et développement, conduisant inévitablement à la faillite. L’arrêt du développement est souvent considéré comme le premier signe avant-coureur de la mort d’une entreprise.
Tyshchenko nuance cette analyse. Il souligne que les responsables du développement étaient isolés et manquaient d’une vision globale de la situation financière de l’entreprise. Ils étaient concentrés sur la confidentialité des projets et ignoraient les difficultés rencontrées dans la production. Selon lui, les problèmes de Commodore remontent à 1984, avec le départ de Jack Tramel, qui avait mis l’accent sur l’intégration verticale et la réduction des coûts.
Les efforts de Tramel ont conduit Commodore à manquer une opportunité cruciale : dominer le marché des ordinateurs semi-professionnels, qui a été progressivement conquis par IBM et ses clones. Commodore s’est retrouvé cantonné au rôle de « fabricant d’ordinateurs bon marché pour les jeux vidéo domestiques » (bien que le Commodore 8 bits ait dominé le marché européen des jeux, aux États-Unis, les consoles d’Atari, puis de Nintendo et Sega, ont pris le dessus). Cette vidéo illustre l’évolution du marché des jeux vidéo à cette époque.
Tyshchenko offre ainsi une perspective alternative sur la chute de Commodore, mettant en lumière les tensions entre les équipes de développement et les contraintes économiques de l’entreprise. Son témoignage, présenté dans cette interview, invite à reconsidérer les causes de la disparition d’un géant de l’informatique.
