Publié le 27 octobre 2023 18:30. Le géant pharmaceutique américain Pfizer a remporté une bataille acharnée pour acquérir la société de biotechnologie Metsera, mettant fin à une guerre d’enchères avec son concurrent danois Novo Nordisk dans le domaine en pleine expansion des traitements contre l’obésité.
- Pfizer a conclu un accord de 10 milliards de dollars pour acquérir Metsera, après que Novo Nordisk s’est retiré de la course.
- Metsera a privilégié l’offre de Pfizer en raison des risques antitrust soulevés par la proposition de Novo Nordisk aux États-Unis.
- Cette acquisition permet à Pfizer de s’implanter sur le marché lucratif des médicaments contre l’obésité, alors que Novo Nordisk cherche à regagner du terrain face à Eli Lilly.
Pfizer s’est imposé face à Novo Nordisk dans la course à l’acquisition de Metsera, une société spécialisée dans le développement de traitements innovants contre l’obésité. L’accord, conclu vendredi soir, valorise Metsera à 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros). Novo Nordisk a annoncé samedi qu’elle se retirait de la compétition, mettant fin à une lutte intense qui avait fait grimper le prix de l’offre initiale de Pfizer.
Metsera a justifié son choix en invoquant les préoccupations soulevées par les autorités de la concurrence américaines concernant l’offre de Novo Nordisk. La Commission fédérale du commerce (FTC) des États-Unis avait exprimé des doutes quant au respect des lois antitrust si l’acquisition avait été réalisée. Selon Metsera, l’offre de Pfizer présentait des risques juridiques et réglementaires « inacceptablement élevés ».
Pour Pfizer, cette acquisition représente une opportunité stratégique de s’implanter sur le marché en pleine croissance des médicaments contre l’obésité. Le laboratoire pharmaceutique new-yorkais a rencontré des difficultés à développer ses propres traitements amaigrissants et voit dans le pipeline de Metsera un atout précieux. L’accord prévoit un paiement de 86,25 dollars par action en espèces (environ 80 euros), soit une prime de 3,69 % par rapport au cours de clôture de vendredi de Metsera. Il inclut également un droit à une valeur conditionnelle pouvant porter le paiement total jusqu’à 106,85 dollars par action (environ 99 euros).
La décision de Novo Nordisk de se retirer de la course est un revers pour le laboratoire danois, qui tente de retrouver sa position de leader dans le domaine des médicaments contre l’obésité, concurrencé par Eli Lilly. Novo Nordisk a déclaré qu’elle continuerait à développer son propre portefeuille de traitements et à évaluer d’autres opportunités d’acquisition. Une source proche de l’entreprise a précisé que l’offre de Novo Nordisk était considérée comme étant à sa « valeur maximale » et que l’acquisition de Metsera n’était pas une condition sine qua non pour atteindre ses objectifs stratégiques.
L’analyste Courtney Breen, de Bernstein, estime que le prix de 10 milliards de dollars payé par Pfizer repose sur des hypothèses optimistes concernant les performances futures de Metsera. Elle souligne que Pfizer devra générer 11 milliards de dollars de revenus d’ici 2040, soit près du double des projections actuelles de Metsera. Les médicaments expérimentaux de Metsera, le MET-097i (un injectable GLP-1) et le MET-233i (qui imite l’hormone pancréatique amyline), pourraient générer jusqu’à 5 milliards de dollars de ventes maximales combinées, selon l’analyste David Risinger, de Leerink Partners.
Cette bataille d’enchères, qualifiée de « jeu de trônes » par Peter Kolchinsky, associé directeur de RA Capital, illustre l’importance croissante du marché des traitements contre l’obésité, qui pourrait atteindre 150 milliards de dollars d’ici le début de la prochaine décennie. John LaMattina, ancien directeur de la recherche et du développement de Pfizer, a comparé cette situation au rachat hostile de Warner-Lambert par Pfizer en 2000 pour 90 milliards de dollars, dans le but de prendre le contrôle du Lipitor, un médicament hypocholestérolémiant.
