Publié le 28 décembre 2025 06:02:00. Un recueil de dessins humoristiques, né d’une collaboration improbable pendant le confinement, est salué par la critique, mais son histoire est marquée par le deuil et l’hommage à l’un de ses créateurs.
- Le livre « Vliksböz », fruit du travail de Pieter van Breevoort et Onno Lolkema, figure parmi les dix meilleurs albums de bande dessinée de l’année selon NRC.
- La collaboration entre les deux humoristes a débuté par un échange ludique sur WhatsApp, donnant naissance à des centaines de dessins satiriques et psychologiquement percutants.
- Le décès inattendu d’Onno Lolkema en 2022 a laissé Pieter van Breevoort seul pour achever et publier ce projet devenu un hommage.
C’est pendant la pandémie de Covid-19 que Pieter van Breevoort, thérapeute de couple et humoriste, et Onno Lolkema, également comédien, ont commencé à échanger des idées et des images via WhatsApp. Ce qui débuta comme un simple passe-temps s’est rapidement transformé en une collection impressionnante de centaines de dessins animés, caractérisés par leur humour absurde et leur capacité à toucher des cordes sensibles chez le lecteur.
Les deux hommes s’étaient rencontrés lors d’un festival international d’humour à Rotterdam, où ils avaient tous deux participé. « Nous avons tout de suite accroché », se souvient Pieter van Breevoort. Leur complicité s’est nourrie de plaisanteries sur le milieu comique, mais aussi d’un partage plus large d’idées et de créations. « Onno m’envoyait des dessins et je me disais parfois : tiens, il y a une histoire là-dedans ! », explique Pieter.
« Onno dessinait les cartoons et me disait : ‘Écris-moi une légende’. Ou bien je lui envoyais un texte et il y ajoutait un dessin. »
Pieter van Breevoort
Avec l’arrivée de la pandémie et l’arrêt des spectacles, les deux amis ont décidé de donner une nouvelle direction à leur collaboration. « On s’est dit : ‘Pourquoi ne pas faire une bande dessinée ?’ », raconte Pieter. C’est ainsi que les bases de « Vliksböz », clin d’œil à la célèbre compagnie de bus néerlandaise, ont été posées.
Le duo a commencé à partager ses créations sur Twitter et Instagram, où ils ont rapidement rassemblé un public fidèle. « Les gens ont beaucoup aimé », confirme Pieter.
La collaboration s’est toujours déroulée sans heurts. « Onno était très critique et s’il ne voulait pas faire quelque chose, il ne le faisait tout simplement pas », explique Pieter avec un sourire. Il était plus simple de laisser tomber une idée que de chercher à le convaincre.
Malheureusement, cette belle collaboration a pris fin brutalement il y a quelques années, avec le décès d’Onno Lolkema, âgé de 43 ans. Pieter savait que son ami luttait contre des problèmes de santé mentale. « Il n’allait pas bien, il traversait une période difficile. On le voyait bien », confie-t-il. Mais la nouvelle de sa mort a été un choc.
« On se demande immédiatement : ‘Aurais-je pu en faire plus pour lui ? Aurais-je pu lui accorder plus d’attention ?’ », témoigne Pieter. « Ce sont des questions qui me hantent. Aurions-nous pu trouver un chemin vers le bonheur ?’ »
Le deuil a été intense et complexe. Trois ans après les faits, Pieter pense encore souvent à son ami. « ‘Onno, pourquoi ?’ Ce sont des questions que je me pose encore parfois », dit-il.
Onno Lolkema a laissé derrière lui un vaste ensemble d’œuvres plastiques. « Sa famille a retrouvé tous les dessins après sa mort », précise Pieter. L’idée de publier ces dessins sous forme de livre n’était pas initialement prévue.
« C’est le dessinateur Johan Klungel, également ami d’Onno, qui a eu l’idée d’organiser une exposition lors des Journées de la bande dessinée à Haarlem », explique Pieter. L’exposition a rencontré un grand succès. « On voyait les gens rire et être enthousiastes. C’est alors qu’on a pensé : il faut absolument qu’il y ait un livre. »
Et ce livre est sorti, recevant depuis les éloges de la critique, notamment du quotidien NRC, qui le classe parmi les dix meilleurs albums de bande dessinée de l’année 2025. Le journal salue des « cartoons hilarants, acérés et parfois amers », porteurs de « dialogues réalistes et de situations malheureusement familières ».
Pieter explique le succès du livre par la capacité des dessins à toucher un large public. « Ce sont beaucoup de dessins sur les relations humaines ou sur les personnes qui luttent intérieurement », dit-il. Mais il souligne également : « Onno avait un sens de l’humour très raffiné. »
Pieter est convaincu qu’Onno aurait été ravi de cette reconnaissance. « Il aurait adoré que le livre soit simplement dans les bibliothèques des gens et qu’ils puissent en sourire », conclut-il. Il s’agit, selon lui, d’un véritable hommage au talent de son ami, mais surtout d’un livre accessible à tous, au-delà de la connaissance de son auteur.
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