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Plus de 100 ans de bénéfices > Patients – The Health Care Blog

by Sophie Martin

Dans la salle d’attente d’un hôpital de Boston, un fils attend les nouvelles de l’opération du genou de son père, tout en se remémorant une tentative de révolutionner la médecine, une idée née il y a plus d’un siècle et qui peine encore à s’imposer face aux impératifs économiques du système de santé américain.

L’histoire commence au New England Baptist Hospital, où le Dr Scott Tromanhauser, alors chef du service, a sollicité l’aide de Leonard D’Avolio pour améliorer les résultats des arthroplasties totales du genou. Un défi de taille, car près de 20 % de ces interventions ne se traduisent pas par une amélioration significative pour les patients. La solution, selon eux, résidait dans la réduction des opérations inutiles.

« Si nous pouvions mesurer les résultats postopératoires à un an pour chaque arthroplastie totale du genou, nous pourrions partager ces données avec nos chirurgiens et, pour la première fois, comprendre comment nos patients évoluent réellement », ont-ils proposé à la direction de l’hôpital. Avec suffisamment de données, ils envisageaient même de prédire les résultats pour chaque patient lors d’une consultation préopératoire, lui permettant ainsi de prendre une décision éclairée.

Contre toute attente, la direction a donné son accord. L’idée, bien que susceptible de réduire le nombre d’interventions, présentait également un avantage potentiel dans les négociations tarifaires avec les assureurs. Surtout, ils ont reconnu qu’il s’agissait de la bonne chose à faire.

Cette initiative trouvait ses racines dans le travail pionnier du Dr Ernest Codman, chirurgien au Mass General Hospital en 1905. Codman avait alors présenté son « Système de résultats finaux », un concept simple mais révolutionnaire : collecter des données avant, pendant et après chaque procédure chirurgicale pour évaluer son succès et, en cas d’échec, comprendre pourquoi. Il voulait que les patients aient accès à ces informations pour pouvoir faire des choix éclairés.

L’équipe de Tromanhauser et D’Avolio a donc mis en œuvre un projet pilote, développant une application iPad dotée d’un modèle d’apprentissage automatique capable de prédire la probabilité d’amélioration, de stagnation ou de détérioration pour chaque patient. Les chirurgiens, informés des facteurs influençant ces prédictions, pouvaient ainsi guider leurs patients dans leur prise de décision.

Le Dr Carl Talmo, particulièrement enthousiaste à l’idée d’utiliser ces données, s’est avéré être celui qui obtenait les meilleurs résultats postopératoires. Certains patients ont renoncé à l’opération après avoir consulté les prédictions, tandis que d’autres ont abordé la salle d’opération avec une confiance accrue.

Pour diffuser cette approche, une vidéo explicative a été réalisée et un article, intitulé « Patients Like You », a été publié dans le Catalyseur du New England Journal of Medicine. Des contacts ont été pris avec des établissements médicaux à travers les États-Unis. Pourtant, l’enthousiasme initial ne s’est pas traduit par une adoption généralisée. La crainte de réduire le volume d’interventions, et donc les revenus, a freiné les ardeurs.

La pandémie de COVID-19 a porté un coup d’arrêt supplémentaire au projet, l’hôpital demandant à l’équipe de suspendre le contrat. Une déception, mais pas une surprise, selon D’Avolio. « Nous n’étions pas naïfs, juste idéalistes », confie-t-il.

L’histoire de Codman, rejeté par la direction du Mass General et finalement ruiné pour avoir osé remettre en question les priorités financières de l’hôpital, résonne avec celle de D’Avolio. Sur sa tombe, on peut lire : « Il faudra peut-être cent ans pour que mes idées soient acceptées. »

Plus de 120 ans après, D’Avolio attend désormais les nouvelles de l’opération de son père, conscient d’avoir eu le privilège de choisir un chirurgien, le Dr Talmo, dont les résultats sont connus. Il se demande si Codman aurait pris cette situation personnellement, et se souvient des mots d’Upton Sinclair : « Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme, quand son salaire dépend du fait qu’il ne le comprenne pas. »

Pour D’Avolio, le problème réside dans les incitations perverses du système de santé. Mais il reste optimiste, convaincu que de nombreux professionnels de la santé aspirent à un système plus juste et plus efficace. « Ils sont plus difficiles à trouver parce qu’ils ne se sont pas engagés dans cette voie pour faire fortune ou pour faire la une des journaux. Ils se sont engagés pour faire la différence », conclut-il. Il espère que ces professionnels prendront conscience de leur pouvoir collectif et l’utiliseront pour créer le système de santé que nous méritons tous.

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