Le nombre de cadres a franchi le cap des quatre millions dans le secteur privé en France, selon une étude de l’Association pour l’emploi des cadres. Cette population, qui a plus que quintuplé depuis 1968, se compose désormais majoritairement d’experts plutôt que de managers.
Une explosion démographique sur un demi-siècle portée par le secteur tertiaire et l’informatique
La population des cadres en France a connu une transformation profonde depuis la fin des années soixante. Alors qu’ils représentaient seulement 7 % des salariés du secteur privé en 1968, les cadres atteignaient 23 % de ces effectifs en 2020, selon les chiffres dévoilés par l’Association pour l’emploi des cadres à l’occasion de son soixantième anniversaire dans une étude à paraître mardi.
Cet essor s’est manifesté tant dans le tertiaire que dans l’industrie. Lors d’un point presse, Annelore Coury, directrice générale de l’Apec, a précisé que ce phénomène s’accompagnait d’une hausse remarquable dans l’informatique, secteur où le nombre de cadres a été multiplié par dix depuis les débuts des années 1980. Cette dernière a par ailleurs souligné que c’est désormais le diplôme qui fait le cadre
, précisant que 70 % des moins de trente ans appartenant à cette catégorie disposent d’un diplôme d’au moins un Bac + 5.

Féminisation accrue et recul net des fonctions d’encadrement au profit des experts
Cette massification s’est accompagnée d’une diversification notable des profils. La place des femmes a progressé de manière continue, fruit de la hausse de leur taux d’activité observée depuis un demi-siècle et de leur niveau de diplômes plus élevé.
La “massification” de la population des cadres “s’est accompagnée d’une diversification de la catégorie”, a-t-elle ajouté, notamment avec une forte féminisation, conséquence entre autres de la progression du taux d’activité des femmes depuis un demi-siècle et de leur niveau de diplômes plus élevé. Elles représentent désormais 38% des cadres, même si elles restent davantage en minorité que chez les non-cadres où elles sont 45%.
Annelore Coury, directrice générale de l’Apec, via Bfmtv et Notretemps
En parallèle, la nature même de la fonction cadre a évolué. Selon Annelore Coury, la proportion de managers chez les cadres a nettement diminué : aujourd’hui, la population cadres est en majorité composée d’experts
. La part de cadres supervisant d’autres salariés est ainsi passée à 42 % en 2020, contre 53 % en 2006. L’étude indique également que les effectifs totaux dépassent dorénavant quatre millions de personnes dans le secteur privé.
Des marqueurs d’autonomie et de rémunération face à la pression quotidienne
Les enquêtes en ligne menées par l’Apec auprès de 2 000 cadres et 3 000 non-cadres du secteur privé montrent que le sentiment d’appartenance à cette catégorie demeure prépondérant. Les salariés concernés se reconnaissent à travers des marqueurs forts
tels que la responsabilité
, l’autonomie — renforcée par le télétravail — et la rémunération
.
Néanmoins, cette position s’accompagne d’une tension marquée. L’analyse sociale met en lumière une situation qualifiée d’être entre le marteau et l’enclume
, prise entre les injonctions de leur direction et les attentes des collaborateurs, ce qui exerce une pression du travail sur leur vie personnelle.
Des parcours moins linéaires et des recrutements ralentis dans les grandes entreprises
Malgré des conditions matérielles plus avantageuses se traduisant par des salaires supérieurs et une diminution des risques physiques, les trajectoires professionnelles des cadres manquent de linéarité et de stabilité. Annelore Coury relève ainsi que les cadres de plus de 50 ans sont plus au chômage que les autres catégories et l’insertion des jeunes est devenue plus compliquée qu’avant
.
Un baromètre diffusé par l’Apec à la fin du mois d’août met en évidence un ralentissement des projets d’embauche de cadres, touchant un point bas inédit depuis 2020 au sein des grands groupes dans un contexte d’incertitude économique, tandis que le volume global des embauches demeure très restreint sur la période récente.