Publié le 17 novembre 2023. Les autorités malaisiennes encadrent désormais les « finfluencers », ces influenceurs financiers dont les conseils, souvent non vérifiés, peuvent avoir un impact significatif sur les finances personnelles de leurs abonnés.
- Une nouvelle réglementation, entrée en vigueur le 1er novembre, impose aux influenceurs qui donnent des conseils en investissement de respecter les mêmes normes que les professionnels agréés.
- Les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant atteindre 10 millions de RM (environ 2,1 millions d’euros) ou à une peine de prison de 10 ans, ou aux deux.
- L’objectif est de protéger les consommateurs et de garantir la crédibilité des informations financières diffusées en ligne.
Kuala Lumpur, Malaisie – Face à la prolifération des « finfluencers » – des personnalités en ligne qui vulgarisent les sujets financiers et proposent des conseils d’investissement – les autorités malaisiennes ont mis en place une nouvelle réglementation pour encadrer leurs activités. Ces influenceurs, dont les vidéos promettent souvent une liberté financière rapide, gagnent en popularité et peuvent influencer les décisions financières des Malaisiens, parfois plus que les experts certifiés.
Cette nouvelle directive, publiée initialement par la Securities Commission Malaysia (SC) en 2020 et révisée depuis, vise à uniformiser les règles du jeu. Elle impose aux influenceurs qui partagent des conseils en investissement de se conformer aux mêmes normes que les professionnels agréés en vertu des lois sur les valeurs mobilières. La mesure est entrée en vigueur le 1er novembre.
Anuar Shuib, président du comité de développement international du Conseil malaisien de planification financière (MFPC), souligne le danger de la diffusion d’informations potentiellement erronées avant l’entrée en vigueur de cette réglementation.
« Le fait est que lorsqu’ils deviennent des influenceurs, cela a des implications pour le public malaisien, c’est pourquoi ils doivent être réglementés car c’est un domaine sensible. »
Anuar Shuib, président du comité de développement international du Conseil malaisien de planification financière
Il explique que les finances personnelles sont un domaine délicat, capable d’améliorer ou de détruire la situation financière d’une personne.
La nouvelle directive considère les finfluencers comme des annonceurs et leur interdit de promouvoir des produits du marché des capitaux et des services connexes, tels que la planification financière, sans être agréés par la SC. Le non-respect de cette règle est passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 10 millions de RM ou d’une peine d’emprisonnement de 10 ans, ou des deux peines cumulées.
Bien que les consommateurs restent libres de choisir le contenu qu’ils souhaitent consulter, Anuar Shuib insiste sur l’importance de vérifier si un influenceur est agréé par la SC avant de suivre ses conseils.
« On ne peut pas généraliser la situation à tout le monde et la gestion financière personnelle typique d’un individu en particulier peut ne pas s’appliquer à d’autres. »
Anuar Shuib, président du comité de développement international du Conseil malaisien de planification financière
Phang Kar Yew, vice-président du MFPC, partage cet avis. Il précise que cette réglementation ne vise pas à restreindre la diffusion d’informations, mais à garantir un environnement équitable où les conseils crédibles et centrés sur le client prévalent, permettant ainsi aux consommateurs de prendre des décisions financières éclairées.
« Être agréé est une chose, mais les personnes agréées doivent également être conscientes de ce qu’elles partagent publiquement, car donner des conseils financiers s’accompagne d’un devoir de diligence. »
Phang Kar Yew, vice-président du Conseil malaisien de planification financière
La directive précise qu’elle ne s’applique pas à la diffusion d’informations factuelles sur un produit du marché des capitaux à des fins éducatives, à condition que ces informations ne soient pas destinées à inciter quiconque à agir ou à prendre position sur ce produit. Elle exige également que toute publicité soit clairement identifiable comme telle.
Selon Phang Kar Yew, cette approche garantit que le contenu se limite à des conseils généraux, couvrant les bonnes et mauvaises pratiques sur les marchés financiers, dans un contexte strictement éducatif. Il conclut que le MFPC soutient pleinement cette réglementation, car elle contribue à un écosystème plus sain et à une plus grande responsabilité de l’ensemble de l’industrie.
