Comment fonctionne la comparaison poétique ? Une question simple, posée et explorée par la poétesse américaine Éireann Lorsung dans son recueil Pattern-book, révèle une réflexion profonde sur la perception, la création et la relation entre le monde et celui qui l’observe.
Le poème « Simile » ne propose pas une définition académique de la figure de style, mais plutôt une invitation à l’expérimentation sensorielle. Lorsung suggère de « placer quelque chose à côté de quelque chose, et dire, ici », soulignant que la comparaison naît du contact, de la juxtaposition. Elle illustre cette idée avec une image surprenante : « la nuit pluvieuse, comme Debussy ».
Cette association inattendue, entre un phénomène météorologique et l’œuvre du compositeur impressionniste, ouvre un champ d’interprétation vaste. Le poème suggère que la force d’une comparaison réside dans sa capacité à étendre nos sens, à créer une synesthésie où l’audition et la vision se mêlent. « Une forte comparaison étire les sens au-delà de leur première impression », explique le texte.
L’œuvre explore également la difficulté de saisir l’essence même de la comparaison. Lorsung avoue sa propre perplexité : « Comment fonctionne le simile, / quoi qu’il fasse à nous ? » Elle observe que le monde est souvent trop familier pour être véritablement perçu, que « le monde est tellement semblable à lui-même / qu’il est difficile de le voir ».
Le poème progresse ensuite en reliant l’observation du monde extérieur à l’acte de création poétique. La pluie, décrite comme un « dessin fait / sur le monde que je perçois », devient une métaphore de l’écriture elle-même. L’acte d’écrire est présenté comme une tentative de reproduire le monde, mais aussi comme un processus de transformation personnelle : « un dessin du monde / qui est le monde, que je / peux faire. Qui me fait. »
Dans un autre poème du recueil, « Minneapolis, au début du printemps », Lorsung utilise une comparaison particulièrement frappante pour évoquer le souvenir de sa ville natale : « Le monde reste multiplié dans le fleuve. / Le printemps arrive secrètement, toute une nuit, / tenant un miroir, comme une marée / pleine de bateaux que personne ne pensait / voir revenir, comme une jeune personne / prête à être l’amant de tout le monde. » Cette image suggère que les poèmes, comme les souvenirs, sont souvent imprévisibles et pleins de surprises.
« Simile » et les autres poèmes de Pattern-book témoignent d’une approche de la poésie à la fois rigoureuse et imaginative. L’œuvre de Lorsung, née à Minneapolis, Minnesota, et vivant actuellement en Irlande où elle enseigne l’écriture à l’University College Dublin, se caractérise par une attention particulière aux images, aux objets et aux mouvements, ainsi qu’à la manière dont ils se connectent à travers le temps et l’espace.
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