Home Santé“Pour chaque variante du COVID, 10 variantes de grippe apparaissent”

“Pour chaque variante du COVID, 10 variantes de grippe apparaissent”

by Sophie Martin

Un laboratoire espagnol joue un rôle crucial dans la préparation de la prochaine campagne de vaccination antigrippale dans l’hémisphère sud. Le Centre National de la Grippe de Valladolid a vu une de ses souches virales sélectionnée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) comme base pour le vaccin qui sera administré en Australie, en Afrique du Sud, en Argentine et dans d’autres pays dès le mois de mai.

« Cette reconnaissance confirme la qualité de notre travail et notre capacité à fournir un nombre significatif d’échantillons – entre 5 000 et 8 000, provenant exclusivement de Castille-et-Léon », explique Iván Sanz, responsable de la surveillance scientifique et virologique du centre. Ses équipes sélectionnent entre 50 et 150 virus parmi ces échantillons pour les soumettre à l’analyse de l’OMS.

Ce n’est pas la première fois que l’agence sanitaire de l’ONU se tourne vers le centre de Valladolid, mais c’est la première fois que la concurrence est aussi forte. Créé en 1978, le centre espagnol faisait partie des 25 laboratoires de ce type à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, ce réseau compte 162 centres répartis dans le monde entier.

La nécessité de renouveler les vaccins antigrippaux chaque année est liée à la mutation constante du virus. « Pour chaque mutation du COVID, il existe dix mutations grippales », souligne le virologue, précisant qu’il existe quatre types de grippe, mais que seuls les types A et B affectent les humains. Le type B est exclusivement humain, tandis que le type A touche également les animaux.

Pour Sanz, « la grippe est une Ferrari, le COVID une Twingo : la première évolue beaucoup plus vite ». Les virus sont identifiés par leurs protéines (H1N1, H3N2, H5N1), et les lignées sont appelées variants, le variant K étant actuellement le plus surveillé, succédant au variant J qui avait prévalu l’année précédente. Chaque patient héberge une souche virale spécifique.

Les vaccins antigrippaux sont produits à partir d’œufs de poule embryonnés ou en culture cellulaire, en utilisant soit le virus fragmenté, soit les protéines virales les plus représentatives. « L’objectif est d’exposer le corps au virus de manière contrôlée, afin que le système immunitaire puisse le reconnaître et développer des anticorps et des défenses », détaille Sanz.

L’industrie pharmaceutique cultive ensuite ces souches sélectionnées dans des œufs ou des cellules, permettant au virus de se reproduire et de générer des quantités industrielles nécessaires à la production des doses vaccinales. Chaque flacon de vaccin contient une quantité précise de virus inactivé.

L’émergence du variant K est un phénomène relativement courant dans le monde de la grippe, en particulier pour le sous-type H3N2, bien qu’il ait bénéficié d’une couverture médiatique accrue cette année. Sanz insiste sur le fait que les vaccins restent efficaces, même s’ils ne correspondent pas parfaitement à la souche circulante. « Ils offrent une protection hétérotypique : le système immunitaire reconnaît le virus, même s’il n’est pas identique à celui utilisé dans le vaccin », explique-t-il. La souche sélectionnée par l’OMS a été isolée en janvier de l’année dernière et ne relève pas du variant K.

Il est impossible de prédire si la situation se reproduira l’année prochaine, mais Sanz souligne que l’incidence de la grippe a été modérée cette saison. Le principal défi reste la couverture vaccinale, qui stagne à 75 % chez les personnes de plus de 65 ans.

La vaccination des enfants représente également un enjeu majeur. « Entre 10 et 20 enfants meurent chaque année de la grippe », alerte Sanz, soulignant que la grippe est une maladie particulièrement sévère chez les enfants, touchant aussi bien les enfants en bonne santé que ceux souffrant de pathologies préexistantes. « Contrairement aux adultes, où la gravité de la grippe est souvent liée aux maladies sous-jacentes, chez les enfants, même en bonne santé, la grippe peut entraîner une désaturation, des difficultés respiratoires et des complications neurologiques. » Chaque année, entre 4 000 et 6 000 personnes sont hospitalisées en Espagne à cause de la grippe, dont environ 1 000 en soins intensifs.

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