L’année 2023 s’achève sur un réalignement des forces mondiales, marqué par le retour de tensions commerciales et une volonté affirmée de la Chine de peser davantage sur la gouvernance internationale. Face à une Amérique qui privilégie désormais ses intérêts nationaux, Pékin consolide ses alliances et propose une alternative multilatérale.
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a profondément modifié le paysage international. Sa politique tarifaire agressive a déstabilisé les relations commerciales, forcé les nations à repenser leurs alliances et redéfini l’équilibre des pouvoirs. Washington, tout en ne souhaitant pas un retrait complet de la scène mondiale, opère un repositionnement stratégique visant à préserver son leadership, réduire sa dette et contrôler les ressources clés, notamment en Amérique latine.
Cette nouvelle approche américaine, protectionniste et parfois isolationniste, pourrait sonner le glas du Consensus de Washington, ouvrant la voie à des acteurs émergents comme la Chine. Pékin, forte de solides fondamentaux économiques – notamment une croissance des exportations de 7,1 % au cours des trois premiers trimestres de l’année – a su résister aux pressions et aux menaces tarifaires de Washington, notamment une menace de droits de douane atteignant 245 % sur certains produits chinois en avril dernier. Cette résistance a contraint l’administration Trump à négocier sur un pied d’égalité, aboutissant à un sommet bilatéral à Busan, en octobre, le premier en plus de six ans.
L’accord issu de ce sommet instaure une trêve d’un an dans la guerre commerciale, avec la suspension des droits de douane supplémentaires. Cet accord représente une victoire diplomatique pour Pékin, d’autant plus que Washington avait déjà fait marche arrière en avril, en exonérant certains produits technologiques chinois de droits de douane, suite aux plaintes de grandes entreprises américaines.
Malgré les tentatives de diversification de certains pays occidentaux, la Chine a solidement ancré ses entreprises au cœur des chaînes de valeur mondiales, une position difficilement réversible. Cette réalité a contraint les États-Unis à modérer leur attitude, même envers leurs alliés, face à une Chine déterminée, qui, selon son porte-parole Lin Jian, était prête à « se battre jusqu’au bout ».
L’Union européenne, quant à elle, a été contrainte de céder sur plusieurs points. L’accord-cadre conclu en juillet à Turnberry, en Écosse, impose des conditions déséquilibrées : un droit de douane de 15 % sur les marchandises européennes entrant aux États-Unis, un engagement d’achat de gaz naturel liquéfié (GNL), de pétrole, de produits nucléaires américains pour une valeur totale de 750 milliards de dollars, ainsi que de micropuces d’IA pour au moins 40 milliards de dollars, et un investissement supplémentaire de 600 milliards de dollars dans des secteurs stratégiques américains.
Cet accord met en lumière les faiblesses politiques structurelles de l’UE et sa forte dépendance stratégique à l’égard des États-Unis. Si l’UE s’efforce d’accroître ses capacités militaires, notamment depuis le sommet de Saint-Malo en 1998, elle doit également renforcer son autonomie politique, comme l’a souligné la récente visite du président français Emmanuel Macron en Chine.
Lors de cette visite, Macron a rencontré le président Xi Jinping à Pékin et des étudiants à Chengdu, insistant sur la nécessité de renforcer la compréhension mutuelle et de développer des solutions collectives aux défis mondiaux, tels que la crise climatique. « Nous devons apprendre à nous connaître et à travailler ensemble », a-t-il déclaré.
Les relations sino-européennes restent toutefois complexes, notamment en ce qui concerne les droits de douane sur les voitures électriques chinoises et les négociations bloquées pour l’accord mondial d’investissement (CAI), interrompues depuis 2021. Les déclarations controversées du Haut Représentant Kaja Kallas, remettant en question la contribution de la Chine à la victoire contre le fascisme en septembre dernier, ont également créé des tensions.
La Chine se positionne comme un défenseur de l’ordre mondial et du droit international, s’appuyant sur sa propre histoire et sur le soutien des pays du Sud. Victime de l’occupation japonaise à partir de 1931 et d’un siècle d’humiliations coloniales, Pékin se présente aujourd’hui comme le porte-drapeau du Sud Global, utilisant des plateformes multilatérales telles que les BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), le Forum “la Ceinture et la Route”, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) et le Forum Chine-Afrique pour promouvoir la coopération avec les pays en développement dans divers domaines.
Xi Jinping a affirmé que « l’essor commun des pays du Sud est une caractéristique déterminante de la profonde transformation qui s’opère dans le monde ». La Déclaration de Tianjin, signée lors du dernier sommet de l’OCS, réaffirme l’adhésion aux principes de confiance mutuelle, de bénéfice partagé, d’égalité et de respect des différentes civilisations.
À retenir
- L’année 2023 marque un tournant dans l’ordre mondial, avec une affirmation de la Chine et un repositionnement stratégique des États-Unis.
- Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine se sont atténuées grâce à un accord de trêve, mais les relations restent complexes.
- L’Union européenne est confrontée à des défis en matière d’autonomie stratégique et de dépendance à l’égard des États-Unis.
Contexte
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a introduit une politique étrangère américaine plus axée sur les intérêts nationaux et moins engagée dans le multilatéralisme. La Chine, quant à elle, a continué à renforcer son influence économique et politique sur la scène internationale.
Ce qui change
Les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine sont en cours de rééquilibrage. L’Union européenne est confrontée à des pressions pour s’aligner sur la politique américaine. Les pays du Sud Global cherchent à renforcer leur coopération avec la Chine.
Prochaines étapes
Il faudra surveiller l’évolution des relations sino-européennes, notamment en ce qui concerne les droits de douane sur les voitures électriques et les négociations pour l’accord d’investissement. L’impact de la politique américaine sur l’ordre mondial sera également à suivre de près.
Chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Croissance des exportations chinoises (Q1-Q3 2023) | 7,1 % |
| Valeur des achats de GNL, pétrole et produits nucléaires américains par l’UE | 750 milliards de dollars |
| Valeur des micropuces d’IA à acheter par l’UE | 40 milliards de dollars |
| Investissement supplémentaire de l’UE dans des secteurs stratégiques américains | 600 milliards de dollars |
